|
Pour approfondir le
sujet sujet concernant la société et la culture des Soninko,
faites un tour sur le site web soninkara . Soninkara.com est le travail de
jeunes Soninké de tous les horizons afin de promouvoir leur
culture et à terme de constituer une grande base de données sur
tout ce qui se rapporte aux Soninke.
Pour ajouter un commentaire ou voir
ceux déjà
postés, cliquez ci-après:
[32]
|
La désignation de
Siya Yatabéré |
Le commencement de
la fin a débuté avec Maadou fils de Djaméré Soukhouna. En effet
Wagadou comptait 99 villages et un de ces derniers possédait le
puits dans lequel résidait le Serpent totem de Wagadou : le Biida.
D’après la
légende, le Biida apportait l’abondance à l’empire et y faisait
pleuvoir des pépites d’or. Et en récompense, on lui donnait en
offrande une jeune fille.
Chaque année après
les récoltes, les notables de Wagadou disent aux griots de
parcourir l’empire à la recherche de la fille la plus belle, la
plus gracieuse et la plus propre afin de l’offrir au Biida. Quand
on parle de propreté, on ne parle point de la toilette du corps. A
Soninkara une personne propre est une personne qui est le fils de
son père.
C’est ainsi qu’une
année, le sort a choisi Siya Yatabéré et c’est aussi l’année où
elle devait se marier. Elle était la fille la plus belle de
l’empire et elle était propre. Mais elle était aussi la fiancée de
Maadi. Maadi, orphelin était enfant unique et avait un caractère
vraiment trempé et il ne disait jamais deux paroles. C’est le
caractère principal d’un Wagué.
Siya habitait à
quelques villages de celui de Maadi. Son père avait un serviteur
qui interpella Siya à l’annonce de la nouvelle :
¾
N’est-ce pas cet année que tu dois
te marier ?
¾
Oui, répondit Siya
¾
Tu es promise à Maadi et on veut de
donner au Biida, demanda le Serviteur.
¾
C’est mon destin et Maadi s’en
remettra répliqua Siya.
¾
Je ne sais pas ce qui se passera
mais je mettrai Maadi au courant de la situation, dit le
Serviteur.
Le lendemain très
tôt, le Serviteur prit le chemin du village de Maadi. Quand le
soleil atteignait le zénith, le Serviteur atteignit son but. Après
les politesses d’usage, il dit :
¾
Maadi ?
¾
Oui, répondit ce dernier.
¾
Quelle est la nature de l’amitié
entre le l’homme et le singe, demanda le Serviteur ?
¾
Si l’homme jette son bâton sur le
baobab et qu’il reste niché dans les branches, le singe le lui
rend, répondit Maadi.
¾
Et si le singe ne le lui rend pas,
demanda le Serviteur ?
¾
Alors l’amitié sera rompue, répondit
Maadi.
¾
Je viens t’avertir que les notables
de Wagadou ont décidé de donner ta fiancée en offrande au Biida,
lui révéla le Serviteur.
¾
Quand aura lieu la cérémonie,
demanda Maadi ?
¾
Comme d’habitude, elle aura lieu au
septième jour du septième mois après la dernière pluie, dit le
Serviteur.
¾
Je te remercie, retourne dire à Siya
que le destin scellé mais elle ne finira pas dans le puits de
Wagadou.
Quelques jours
après, Maadi scella son cheval et s’apprête à sortir. Sa mère
Djaméré Sokhouna lui demanda où il allait. Il lui répondit qu’il
vient faire un tour. Il chevaucha en direction du village de Siya
Yatabéré. Arrivé à destination, il s’arrêta devant la muraille et
demanda qu’on lui appelle sa fiancée. Lorsqu’elle arriva, il lui
demanda :
¾
J’ai entendu dire que les notables
de Wagadou t’ont désignée en offrande au Biida.
¾
Oui, répondit Siya.
¾
Je ne sais pas ce qui adviendra de
l’empire mais ma fiancée ne finira pas dans le puits de Wagadou,
asséna Maadi.
¾
S’il te plaît ne fais pas ça car les
gens penseront que je ne suis pas pure. Chaque personne a ses
détracteurs. Et si tu tues le Serpent, Wagadou ne recevra plus de
pluie, supplia Siya.
¾
Adieu, je retourne à mon village,
dit Maadi.
|
La Mort du Serpent
de Wagadou |
Arrivé à son
village, il alla voir son ami forgeron BOMOU et lui demanda
qu’elle était la nature de l’amitié entre l’homme et le singe. Le
forgeron lui répondit que si l’homme jette son bâton sur le baobab
et qu’il reste perdu dans les feuillages, alors le singe le lui
rend. Et si le singe ne le lui rend pas, alors l’amitié sera
rompue.
La raison de ma
visite, dit Maadi, est que je possède un sabre et je veux que tu
te consacres à l’affûter. Je loue tes services pendant une
semaine. Ta nourriture et celle de ta famille sont à ma charge.
Toute la semaine,
le forgeron se consacre à affûter le sabre de Maadi. A l’issue de
la semaine, Maadi vient constater le résultat de son forgeron. Il
fut satisfait de son travail et le remercia.
La veille de la
nuit fatidique, Maadi dit à sa mère qu’il ne sait pas ce qui
adviendra mais le Serpent ne mangera pas sa fiancée. Si cela
devait arriver, il nous mangera tous les deux ou bien je tuerai le
Biida de Wagadou. Avant de partir, je veux savoir si je suis le
fils de mon père. Maadi, lui répondit sa mère, si j’ai connu un
autre homme que ton père, alors pars et ne reviens jamais. Amiin,
dit Maadi.
Il scella sa
monture, et partit en direction du puits de Wagadou. Cette
journée-là, on tressa Siya et on le para avec une coiffure en or.
On le pouponna et les griots chantent sa louange et celle des
Yatébéré. Quand la nuit fût venue, la procession prit la direction
du bois sacré où se trouve le pied. Arrivés devant le puits, on
fit asseoir Siya sur le tabouret en or. Avant de renter, les
griots dirent :
¾
Siya nous allons rentrer et nous
saurons demain si tu es propre ou pas. Comme tu le sais, si tu
l’es, on ne te retrouvera pas assise ici. Mais si tu n’es pas
propre, le Serpent ne voudra pas de toi.
¾
Griots de Wagadou, dit Siya, je ne
sais pas ce que la nuit réservera à moi et au Biida mais sachez
que je suis propre.
¾
Yatabéré, dirent les griots, nous
retournons.
Siya resta assise
des heures qui lui parurent une éternité puis tout à coup, elle
sentit une présence et se retourna. Quand elle voit Maadi debout à
côté d’elle, leurs larmes coulèrent. Elle lui dit :
¾
Tu as vraiment l’intention de
détruire l’empire. Car si tu tues le Serpent, Wagadou ne recevra
plus de pluie.
¾
Siya, répondit Maadi, notre déjà
destin est scellé.
Il s’éloigna et
alla se réfugier de l’autre côté du puits et attendit le moment
fatidique. Puis arriva le moment où nulle goutte ne remue dans les
canaris. C’est le moment où les esprits sortent, c’est le moment
de l’ordre inverse, c’est aussi le moment où le Serpent prend
possession de son offrande en raison du pacte qu’il avait lié avec
DINGHA et ses enfants. Chaque année, Wagadou lui offre une jeune
fille pure et en contre partie, il fera pleuvoir des pépites d’or.
Le Serpent de
Wagadou possédait sept têtes. La première était en argent, la
seconde en or, la troisième était de feu, la quatrième était
noire, la cinquième était blanche, la sixième était rouge et la
septième était normale.
Le Serpent sort
toujours en premier la septième tête pour déterminer si sa proie
est pure ou pas. Quand celle-ci est pure, il fait sortir
successivement les sept têtes et ce dans l’ordre inverse. Mais si
la fille qu’on lui a offerte n’est pas pure, il sort juste la
septième tête et ne touchera pas à l’offrande.
Sachant tout cela,
Maadi se tint prêt. Quand le Serpent sortit la septième tête,
Maadi la lui trancha. Le Serpent sort la tête rouge et Maadi la
décapita. Maadi réserva le même sort aux autres têtes jusqu’à la
tête en or. Quand le Serpent sortit la dernière tête c'est-à-dire
celle en argent, la nuit fut éclairée comme en plein jour. Maadi
leva le bras et avant de frapper le Serpent, ce dernier lança un
cri qui fut entendu de tout l’empire. Il dit : « je jure par le
Seigneur de l’Etre à Sept Têtes, pendant sept années et sept
mauvaises années, pendant sept mois et sept mauvais mois, et
pendant sept jours et sept mauvais jour, Wagadou ne recevra pas
une goutte de pluie et à plus forte raison des pépites d’or ».
Maadi l’entêté lui trancha cette dernière tête. Le corps du
serpent tomba dans le puits et Maadi dit à Siya :
¾
Voici ma chaussure gauche, le
fourreau de mon épée, ma bague et « dannan koufoune » (bonnet). Si
le lendemain on te demande des explications, montre-leur ces
preuves et qu’ils parcourent l’Empire à la recherche du coupable.
|
La fin de l'empire
des Soninké |
Maadi retourna à
son village et il relata à sa mère ce qui s’était passé et elle
lui dit : « tu es mon fils unique et c’est à cause de ta fiancée
que tu as tué le Biida. Mais les notables de Wagadou ne laisseront
pas cet acte impuni. Je jure sur l’esprit de ton défunt père que
je m’interposerai entre Wagadou et toi ».
Dès que le soleil
se leva et que la nature fut baignée de couleur rougeâtre, les
notables demandèrent aux griots d’aller s’enquérir des nouvelles
du puits. Dès qu’ils aperçurent Siya assise sur son tabouret d’or,
ils retournèrent dare-dare au village. Les notables leurs
demandèrent pourquoi ils n’ont pas emmené le tabouret. Ils dirent
que le tabouret est toujours occupé. Ceux qui ne portaient pas
Siya dans leur cœur montrèrent leur joie en disant que le Serpent
leur a donné raison : Siya n’est pas pure. Les notables allèrent
avec les griots interroger Siya. Et avec effroi, ils virent les
sept têtes coupées du Biida, ils demandèrent à Siya ce qui s’est
passé pendant la nuit. Pour toute réponse, elle leur montra la
chaussure, le fourreau d’épée, le bonnet et la bague.
On fit résonner le
tambour sacré et les notables des quatre-vingt-dix-neuf villages
se réunirent à la hâte. Il faut trouver l’auteur de cet acte et
lui faire subir le sort qu’il mérite. On fit le tour de l’empire
et on demande systématiquement à tous de venir essayer les
preuves. Quand ils enverrèrent un messager chercher Maadi, sa mère
lui dit : « je t’accompagne mon fils ».
Maadi mit son épée
dans le fourreau, et ce dernier l’épousa comme un gant. Il mit son
pied à la chaussure et elle était à sa taille. Il mit le bonnet
sur sa tête et la bague à son doigt. Tous les objets lui allèrent
à merveille et il déclara que c’est lui qui a tué le Serpent de
Wagadou.
Les gens se
précipitèrent pour le capturer mais sa mère Djaméré Soukhouna
s’interposa et demanda la parole qui lui fut accordée. Elle dit :
¾
Je croyais qu’il y avait des hommes
à Wagadou mais je n’en vois guère. Vous avez peur de la prédiction
du Serpent avant de mourir. Mais une chose est sûre, on ne tuera
point mon fils à cause d’un serpent. Des hommes, je n’en vois
guère. Vous saurez avec certitude que mon pagne vaut mieux que
tous vos pantalons réunis. Pendant ces sept mauvaises années, et
ces sept mauvais mois et ces sept mauvais jours, les besoins de
Wagadou sont à ma charge. En échange, de cela mon fils aura la vie
sauve et pourra épouser Siya.
Un silence de mort
parcourut toute l’assemblée et les notables gardèrent la tête
baissée et déclarèrent que l’accord tient. C’est ainsi que Djaméré
Soukhouna porta Wagadou à bout de bras pendant sept ans. Au terme
de la malédiction du Serpent, Djaméré Soukhouna décéda et les
notables de Wagadou se réunirent une dernière fois. Ils dirent :
« Djaméré Soukhouna a tenu sa parole et l’accord est venu à son
terme. Par conséquent, le destin s’accomplira. Wagadou jadis
fertile est devenu aride et il ne pleut presque plus. Les arbres
ont rabougris et la terre inféconde. Les enfants de DINGHA sont
contraints à laisser cet endroit désormais inhospitalier. Que
chaque famille aille vers son destin ». Pour ajouter un commentaire ou voir
ceux déjà
postés, cliquez ci-après:
[32]

|