Jeudi 28 Août 2008  

La culture de l'arachide: les problèmes

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 Libéralisation sauvage

De plus, les producteurs d'arachides ont été surpris par le démantèlement des méthodes de commercialisation établies, du aux changements de politique. Le Gouvernement du Président Wade avait hérité des accords économiques conclus par son prédécesseur, qui s'était engagé en 1995 à privatiser la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS), bien qu'aucun acheteur n'ait été trouvé à l'époque et que l'entreprise soit restée entre les mains de l'Etat.

A la suite des changements politiques au Sénégal, le FMI a accentué la pression pour que le processus de libération s'accélère. Le nouveau Gouvernement a toutefois privilégié l'action de l'Etat pour stimuler les revenus des agriculteurs et encourager l'activité économique dans les campagnes, en partie en développant fortement, par le biais de la SONACOS, la production d'arachides. Au cours de la saison 2001-2002, la SONACOS a emprunté massivement pour acheter aux agriculteurs une quantité record de 600 000 tonnes d'arachides à des cours relativement favorables. (La production de cette année-là avait atteint le niveau sans précédent de plus d'un million de tonnes, le reste de la production ayant été repris par des négociants en arachides parallèles appelés bana-bana). Ces transactions ont injecté des sommes considérables dans les campagnes. Pour la Sonacos, cependant, cette opération n'était pas viable. Comme le prix payé aux producteurs d'arachides se situait bien au-delà des cours mondiaux et comme de très nombreux agriculteurs avaient du mal à rembourser les prêts consentis par la Sonacos pour acheter des engrais et autres intrants agricoles, la Sonacos s'est retrouvée criblée de dettes.

Un certain nombre de donateurs du Sénégal ont réagi vivement. En avril 2001, un responsable de l'Union européenne (UE) a prévenu que si la Sonacos ne libéralisait pas le réseau de distribution des graines d'arachides, cela risquait de compromettre l'aide octroyée par l'UE à ce pays. En juillet, une délégation du FMI en visite au Sénégal a exigé que l'Etat cesse de subventionner la commercialisation des arachides et laisse leurs cours se rapprocher de ceux pratiqués sur les marchés internationaux. Le mois suivant, la Sonacos a accepté de réduire le prix payé aux agriculteurs de 145 à 120 CFA le kilo, et de diminuer sensiblement les quantités qu'elle leur achetait directement. Ces décisions ont indigné de nombreux producteurs.

En novembre de la même année, une réunion ministérielle a confirmé l'intention de privatiser la Sonacos en 2003. Dans un premier temps, les autorités ont démantelé la Société nationale de graines (Sonagraines), filiale à 100 % de la Sonacos, qui participait activement aux opérations de ramassage et de transport des arachides des champs des agriculteurs aux usines de traitement de la Sonacos (qui transforment les arachides en huile de table). Les autorités espéraient que les opérateurs privés stockeurs (OPS) rempliraient cette fonction.

Le résultat a été désastreux pour les producteurs d'arachides. Malgré les acomptes considérables reçus de la Sonacos, une partie des quelque 500 OPS agréés n'ont pas réussi à organiser l'acheminement des arachides à partir des lieux de production. Parmi les OPS qui ont assuré le ramassage des noix, bon nombre ont réglé les agriculteurs en coupons, pas en espèce ; des mois plus tard, de nombreux producteurs n'ont toujours pas été payés. Ce manque à gagner les a empêchés de se procurer des graines ou de l'engrais en prévision de la prochaine saison des semences, de rembourser leurs dettes ou d'acheter de la nourriture ou autres articles essentiels. Tandis que des groupes d'agriculteurs commençaient à ériger des barricades sur les routes nationales du pays en guise de protestation, le CNCR et d'autres associations d'agriculteurs ont durci leurs positions. Beaucoup ont mis en cause le changement d'orientation politique du Gouvernement. "L'un des gros problèmes auquel est confronté le secteur agricole est la libéralisation massive de notre économie", a affirmé Samba Guèye, secrétaire général du CNCR.

D'autres ont dénoncé le faible cours des arachides, du coton et d'autres exportations agricoles sénégalaises sur les marchés internationaux. Le Sénégal occupe la deuxième place dans le monde sur le marché des arachides, après les Etats-Unis. Mais, comme le souligne Serigne Amadou Camara, responsable de la gestion des entreprises d'Etat , "notre principal concurrent, les Etats-Unis, subventionne ses prix. Nous n'avons pas les moyens de nous y opposer".

 Problèmes récurrents, demi solutions

En août 2002, les autorités ont finalement commencé à réagir. Considérées dans leur ensemble, leurs initiatives vont toujours dans le sens d'une libéralisation du marché et de la promotion du secteur privé, mais une place plus importante est accordée désormais aux investissements publics en infrastructures rurales et aux programmes publics visant à protéger les agriculteurs des aléas du marché et du climat. Le Président Wade a réaffirmé à diverses reprises le besoin de "moderniser" l'agriculture sous-développée et à faibles intrants de son pays, en vue de faire des "paysans" de subsistance du Sénégal des "fermiers" à l'écoute des marchés, capables de produire plus sur le plan national et international.  

Parmi les autres mesures annoncées par le Président, certaines visent à remédier sans tarder à la pénurie alimentaire, alors que d'autres ont des implications à plus long terme en matière de développement. En voici quelques-unes :

l'octroi d'importants secours à court terme, financés directement par l'Etat et destinés à aider les victimes des inondations et de la sécheresse. La distribution de l'aide est placée sous la responsabilité d'un comité de contrôle de haut niveau composé de responsables d'associations d'agriculteurs, de personnalités des médias et de représentants des partis politiques.

la constitution de réserves locales de céréales, permettant d'accélérer les interventions d'urgence face aux pénuries alimentaires, dans les 11 régions du Sénégal.

a promotion plus active de la diversification agricole, pour mettre un terme à la "tyrannie de la monoculture", selon la formule du Président Wade. Au niveau national, d'importantes mesures ont déjà été prises pour encourager davantage la production du coton, du sésame, du soja, du tournesol, du riz et d'autres produits alimentaires et d'exportation, de manière à réduire la dépendance de l'économie vis à vis des arachides. Dans les champs, une production agricole plus variée devrait offrir une plus grande marge de manoeuvre aux agriculteurs et mieux les protéger contre les fluctuations du marché et du climat.
La culture céréalière au Sénégal (mil et maïs).
La culture de l'arachide au Sénégal.
La culture de l'arachide: les dificultés.
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Dernière mise à jour le 26/09/2005


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