Abdourahmane Koïta sur les difficultés de la DSE: en France, les militants « ne sont jamais associés » aux prises de décision

Abdourahmane Koïta sur les difficultés de la DSE: en France, les militants « ne sont jamais associés » aux prises de décision

Dr Abdourahmane Koïta, coordonnateur adjoint de la Délégation des Sénégalais de l’extérieur de France et membre de l’Apr, rencontré à Paris, revient, dans cet entretien, sur les événements à l’Ucad, sur la vie du parti en France et l’implication de la Diaspora dans le Pse et le Pudc. Pour cet ingénieur-chercheur, il faut impliquer les collectivités locales et le secteur privé pour la mise en œuvre du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).
D’abord quel commentaire faites-vous sur ce qui s’est passé à l’Ucad ?
C’est vraiment désespérant de voir ces incidents car un président de la République en exercice est une institution qui mérite du respect. Cette situation montre que le temple du savoir est devenu un espace politisé pour servir une clientèle politique. Toutefois, je comprends le pardon du président Macky Sall envers les jeteurs de pierres mais à force de pardonner l’impardonnable, on finira par accepter l’inacceptable. Maintenant, c’est aux étudiants de corriger cette image négative du pays.

 

Le Pse est en cours et récemment, le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) a été lancé avec une forte implication du Pnud. Pensez-vous que l’Etat est sur la bonne voie?
Absolument !Rappelons que le président Macky Sall s’est engagé à inscrire le pays sur la trajectoire de l’émergence via le Plan Sénégal émergent (Pse). Ce plan consiste à mettre en place un ensemble de pro- jets structurants à forte valeur ajoutée qui, à long terme, soutiendraient la croissance et l’emploi. Au-delà des clivages politiques, nous sommes tous unanimes que le Pse, le seul référentiel de nos politiques publiques, est un formidable outil pour inscrire le pays dans un horizon temporel avec des indicateurs objectifs. Quant au Pudc, il a été introduit suite à l’évaluation des indicateurs de perception de la pauvreté dans le pays. Et, il a pour objectif de réduire les inégalités territoriales en mettant en place un ensemble de services sociaux de base. Nous sommes dans un monde globalisé où les inégalités s’accroissent davantage comme le souligne l’économiste Thomas Piketty dans son ouvrage. Le rôle de l’Etat est de corriger les inégalités territoriales sous la forme d’une péréquation (un mécanisme de redistribution qui vise à réduire les écarts de richesse). Il faut absolument soutenir ce programme et surtout impliquer les collectivités locales ainsi que le secteur privé pour sa mise en œuvre.

Certains se posent la question du choix du Pnud ?  

A mon sens, le président de la République voulait gagner du temps et surtout être efficace dans la répartition. Et, cela n’est nullement incompatible avec l’acte 3 de la décentralisation comme on peut l’entendre.
Que font les cadres de France pour sensibiliser les émigrés sur les activités du gouvernement?
La Convergence des Cadres Républicains (Ccr) est un démembrement de la Délégation des Sénégalais de l’extérieur (Des). Au-delà de l’aspect politique, c’est un creuset de réflexions. Les membres de cette structure interne tiennent des réunions mensuelles sous forme de séminaires avec des sujets techniques. Les séminaires sont ouverts aux militants, aux universitaires et aux Sénégalais de France. Outre les séminaires, les cadres font des contributions sous forme d’articles dans tous les secteurs d’activités (économie, transport, numérique, éducation,culture, …).Ils sont présents aussi dans les médias pour sensibiliser les Sénégalais des mesures introduites par le président de la République.Toutefois, la communication sur les actions du gouvernement pourrait être meilleure avec une organisation formelle des structures.
Selon vous, quelle est la place de la diaspora dans la vie politique sénégalaise? Comment les cadres de la Diaspora doivent- ils s’impliquer?
Certains pensent que la Diaspora compte une quantité négligeable alors qu’elle représente 5 % de l’électorat national, plus que plusieurs régions au Sénégal. Et, les trois pays (France, Italie et Espagne) constituent 48 % de l’électorat de la diaspora. Au-delà du poids électoral, la diaspora joue aussi le rôle de grands électeurs d’où l’importance de sensibiliser les compatriotes sénégalais. A mon sens, les cadres de la diaspora doivent s’impliquer davantage en créant un espace de mutualisation des forces et une optimisation des stratégies au niveau des pays d’accueil. D’autant plus que le président a voulu une véritable politique en direction des Sénégalais de l’extérieur. C’est dans ce sens qu’il a demandé de donner un contenu à la « Diaspora 15ème région » avec un mode de gouvernance.

Il y a souvent des agitations au sein de la Dse. Comment va le parti Apr en France?
L’Apr est un parti comme toute formation politique avec des acquis à consolider, des points à améliorer et des actions négatives qu’il faut impérativement corriger. Le président du parti Macky Sall a fixé trois objectifs aux responsables politiques de France qui sont : la massification du parti, la vulgarisation de l’action gouvernementale et la participation de la Diaspora, en tant qu’acteur, au développement. A la création du parti en 2008, la Dse comptait zéro section et nous sommes actuellement à 77 sections validées en France. Nous continuons à valider des sections, à tenir des réunions, des séminaires et des animations politiques. Ce qui est une bonne chose en implantation et ancrage auprès des populations. Cependant, la meilleure massification du parti exige une cartographie des sections qui respecte la cohérence géo- graphique en couverture du territoire, du nombre de Sénégalais dans la localité et du ratio électeurs/sections pour une juridiction. Il faut saluer également l’engagement de nos militants. Ils continuent à ne ménager aucun effort pour le parti. Cela mérite vraiment du respect et de la considération à leur égard…
Ensuite, il faut reconnaître des difficultés dans la prise de décisions, dans la transmission de l’information, le fonctionnement du parti de manière générale… Les décisions sont souvent contestées par les militants car ils ne sont jamais associés dans la démarche. La gestion d’un parti politique nécessite maintenant d’adopter la démarche participative et inclusive. La démocratie demande du dialogue, de la transparence et du respect des autres donc beaucoup d’efforts. C’est un processus qui se fait lentement, qui exige de l’engagement et de la grandeur d’esprit. Il faut reconnaître aussi des problèmes de discipline. Un parti qui abat ses règles de fonctionnement les unes après les autres engage un processus d’autodestruction. Une fois que certains repères sont détruits, il devient très difficile de reconstruire. La course de rattrapage se révèle être une course sans poteau d’arrivée. C’est pourquoi, je lance un appel à l’ensemble des camarades d’avoir le sens de la responsabilité.
Pensez-vous que c’est le meilleur moment pour renouveler les instances de l’Apr ?  

La réorganisation ou la restructuration d’un parti politique est un impératif pour renforcer l’unité et la cohésion entre les structures. Malheureusement, beaucoup de for- mations politiques font l’économie du renouvellement des instances par la démocratie interne. Concernant l’Apr, il est vrai que nous avons raté le coche en 2012 (après les élections législatives) pour réorganiser le parti dans sa globalité. C’était le moment le plus opportun car il y avait non seulement la dynamique de la victoire mais sur- tout que les enjeux n’étaient pas aussi importants qu’aujourd’hui. La réorganisation est une question qui a sus- cité beaucoup de débats partout en France et ailleurs. Et, on nous faisait croire qu’il fallait attendre les locales de 2014. Maintenant, le discours est d’attendre encore le moment opportun sauf qu’on ne peut pas reculer indéfiniment pour mieux sauter. En laissant notre structure avec ce mode de fonctionnement désorganisé (entropie maximale), nous allons inévitable- ment perdre la plus grande partie de sa force critique au fur et à mesure. Quand l’essentiel est enjeu, le courage n’est plus une option mais une nécessité.
En quoi le renouvellement des instances est une nécessité pour l’Apr ?
Sans faire de généralisation de la négation, on constate que nos sections sont dans un état de décomposition avancée. Nous sommes donc contraints d’organiser notre champ politique pour impulser une nouvelle dynamique. C’est la condition sine qua non pour gagner les futures élections législatives et présidentielle. A mon sens, pour inscrire notre parti politique dans la durée, on doit se poser les bonnes questions pour apporter les bonnes réponses. Et, la seule réponse qui vaille, demeure la réorganisation du parti en renouvelant les instances de manière démocratique. Je le pense sincèrement car cela permettra de faire émerger de nouvelles forces non seulement légitimes mais surtout représentatives de la base. Ces nouveaux responsables choisis par la base qui ne souffrent pas de contestation porteront l’action politique pour les futures échéances électorales. Et, la Ccr a proposé un schéma d’organisation qui considère la section comme structure de base, composée de tous les militants d’une même ville. Le collège des délégués est composé des représentants issus des sections. Il est l’instance suprême de la Dse qui élit le Bureau exécutif de la Dse. Le collège des délégués définit des actions conformément aux orientations du parti. A défaut de ne pas réorganiser le parti, on aura bientôt autant de mouvements de soutien que de responsables politiques. Je n’ai rien contre les mouvements de soutien mais simplement, à force de les installer sans cohérence, cela va finir par affaiblir le parti voire l’enterrer définitivement. Par ailleurs, vouloir rem- placer la gouvernance verticale par des leaderships éclatés des mouvements ne me semble pas une bonne solution. Certes, la gouvernance verticale se porterait mieux avec plus de transversalité mais dans un espace organisé avec des ensembles formalisés. Pour finir, Et si on devenait raisonnables pour sauver le parti….

Source :lesoleil.sn

 

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