[ DOSSIER ] BAKEL : Un département fantôme

[ DOSSIER ] BAKEL : Un département fantôme

Fondé entre les 11e et 13e siècles, les malinkés furent les premiers habitants de cette contrée, soutient un septuagénaire considéré comme la mémoire vivante de cette contrée avant d’ajouter : «  d’après la tradition orale, les Ndiaye, originaires de l’ancien empire du Djoloff, constituaient la famille royale de la cité. D’ailleurs, les Ndiaye sont toujours chefs de village à Moudery dans l’arrondissement de Diawara.. Le département de Bakel s’étend sur 24 619 Kms2 soit une superficie à peu prés égale à celle des régions de Dakar, Thiès, Diourbel, Ziguinchor et Fatick réunies. Il abrite une population de 202 653 habitants. Une population, solidaire, liée par un passé prestigieux et une culture commune garantie d’une intégration certaine. Il a une population jeune et dynamique capable des plus grands dépassements pour le développement de son terroir. Sa jeunesse expatriée est le principal producteur d’un des plus grands flux de devises dont bénéficie notre pays.

Trônant au faite de ses multiples collines, Bakel est une ville située à l’extrême Est du Sénégal. Bakel et son département sont les produits d’une longue histoire vieille de plusieurs siècles. Ayant d’abord appartenu au célèbre empire du Ghana, Bakel fût ensuite envahi et occupé pendant quelques temps par les malinkés dans leur progression vers le Sud-est en direction de la Casamance. Lorsque ceux-ci reprirent leur migration, la ville fut abandonnée jusqu’au jour oû des Soninkés et des Bambaras l’occupèrent de nouveau. Est-ce de cette époque que date le penchant atavique des populations de Bakel pour l’émigration ? Toujours est-il que qu’à partir de 1620, toute la zone de Bakel tomba sous l’indépendance du pouvoir militaro-religieux des Almamy du Boundou, appartenant à l’ethnie toucouleur (dénommée aujourd’hui pulaar) dont l’autorité s’étendait jusqu’en Mauritanie et au Mali. Mais Bakel passa aux mains des colonisateurs français en 1819, qui y installèrent une garnison après avoir signé un traité de paix avec le seigneur local. Les multiples collines qui font l’originalité physique de Bakel furent vite utilisées par les militaires français pour édifier des places fortes, dans leur politique coloniale d’organisation.

 UN POTENTIEL ÉCONOMIQUE ÉNORME NON EXPLOITE

A l’instar de la région de Kédougou, le département de Bakel recèle un potentiel économique énorme : le fleuve Sénégal et sa vallée, les multiples marres et marigots facilement aménageables en point d’eau pérennes, les terres cotonnières du Boundou, les mines de fer de la Falémé , le marbre et le chromite de Gabou, un paysage varié qui offre bien des attraits touristiques. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ce département est devenu une terre d’émigration pour les Baol-baol et Cadior-cadior que les populations ont le plaisir et le bonheur de les accueillir par milliers parmi elles.

Il est au carrefour de trois pays donc une zone de grande circulation de biens et de personnes nécessitant des structures administratives fortes pourvues d’un certain pouvoir décisionnel d’autant que le Chef lieu de région voisine de la Mauritanie se situe à 45 Kms et celui de la région du Mali à 85 Kms. En outre, cette position géographique fait de lui un véritable creuset d’intégration sous-régionale et le miroir du Sénégal pour ses voisins. Bakel fait partie des trois villes du bassin du Sénégal jumelées dans le cadre de l’OMVS.  Toutes les deux autres sont chef-lieu de région (Kayes pour le Mali et Kaédi pour la Mauritanie).

FORT DE RENE CAILLE : UN PATRIMOINE HISTORIQUE EN DÉSUÉTUDE

Murs délabrés, portes et fenêtres enlevées permettant au soleil de darder ses rayons de feu sur un sol jonché d’ordures : le pavillon « René Caillé » percé sur les auteurs de la ville de Bakel est assurément dans un état de décrépitude avancée et demande à être réhabilité. A part les entretiens périodiques qu’effectuait l’armée, les sites ne bénéficient pas d’attention particulière de la part des autorités. Seul l’ancien fort de Faidherbe qui abritait la préfecture présente un visage accueillant mais son sort inquiète. Selon ce notable Boubacar Ndiaye, « le fort qui a servi de cadre à une des plus belles pages de la résistance nationale face au colonisateur (Ndlr : le marabout Mamadou Lamine Dramé en fit le siège en 1886) risque simplement de s’écrouler si rien n’est fait. Ce serait vraiment dommage car c’est l’un des plus beaux sites historiques du pays. Toutefois, pour que la ville ne se trouve pas privée de ses « joyaux architecturaux », un instituteur, s’est donné comme mission de « tout faire » pour sauver les sites. A toutes les autorités qui passent à Bakel, il lance le même SOS : « il faut nous aider à entretenir notre patrimoine. Sans se lasser, il a mené sa croisade, certain qu’au-delà du symbole qu’ils représentent, « les sites peuvent beaucoup rapporter à la commune dans le cadre d’une politique touristique ». En collaboration avec l’amicale des moniteurs de collectivités éducatives, la mairie avait pris quelques initiatives, en transformant notamment le pavillon René Caillé en un centre de lecture et d’animation culturelle. Faute de lecteurs, l’expérience a tourné court et la bibliothèque a fermé ses portes, raconte un conseiller municipal.

UN TOUR DE CONTRÔLE POUR SURVEILLER LES ÉVOLUTIONS DE L’ÉTRANGER S’APPROCHANT DE BAKEL

Autre curiosité historique de Bakel en souffrance, les tours de contrôle situés au sud de la ville attendent d’être reluquées. Dans le passé, c’est de là que qu’on surveillait les évolutions de l’étranger s’approchant de Bakel, une ville frontalière de la Mauritanie et du Mali. Aujourd’hui, en lieu et place des milices de surveillance, ce sont des…singes qui escaladent les tours pour aller s’abreuver au fleuve tout proche, racontent de vieux Bakélois. Non loin de là, se trouve le cimetière oû reposent d’anciens officiers Français. Propre et bien entretenu, il est l’exception qui confirme cette triste règle : le patrimoine historique de Bakel est en train de tomber en désuétude.

INDIFFERENCE ET/OU INCAPACITÉ DES AUTORITÉS

Au lendemain de la survenue de la Coalition Benno Bokk Yaakar, les populations de Bakel espéraient une nouvelle tournure avec ces autorités qui avait annoncé en grande pompe par le biais de Macky Sall, à l’occasion de sa campagne, le soulagement définitif de ces affres de l’enclavement. Que nenni. Selon un Apériste, « nous avons récupéré toutes les localités et retiré le département des griffes de l’opposition lors des élections présidentielles, législatives. Et de poursuivre : «  En contrepartie nous avons demandé au chef de l’état de penser à notre terroir qui souffre énormément de plusieurs maux qui ont pour noms : manque d’infrastructures routières, sanitaires, sportives et scolaires entre autres. Mieux encore soutient-il, « il n’y a pas de salles de spectacle pour les jeunes et les braves femmes sont laissées en rade. Elles ne bénéficient d’aucuns crédits à l’instar des autres femmes du pays ». Dans tous les cas, les autorités font la sourde oreille car aucune action n’a été menée dans cette localité. Les rues de Bakel sont étroites, dégradées et sales. Les populations sont laissées à elles-mêmes. Leur calvaire est loin d’être terminé.

L’ANCIEN PRÉSIDENTE L’ASSEMBLÉE NATIONALE CHEIKH CISSOKHO « AU BANC DES ACCUSES »

Les nombreux habitants rencontrés dans les rues de Bakel pointent du doigt l’ancien président de l’assemblée nationale sous le règne de Diouf. Natif de cette localité, Cheikh Abdoul Khadre Cissokho est accusé d’être à l’origine de cette misère des populations. « C’est Cheikh Cissokho, qui nous a causé tout ce préjudice », fulminent-ils. Et de s’interroger : « Comment Cheikh Cissokho peut devenir deuxième personnalité de l’état pendant des décennies sans aucune réalisation dans son terroir ? ». Choses inimaginables pour certains d’entre eux.

UN COMITE MIS SUR PIED POUR SONNER L’ALERTE

Devant les promesses non tenues et la non prise en compte des besoins réels des populations, un comité pour la défense des intérêts des populations a été mis sur pied. Le comité était monté au créneau pour sonner l’alerte à travers une randonnée pédestre. Munis de pancartes, hommes, femmes, jeunes et vieux sans distinctions d’aucune sorte, tous dans un même élan d’union et de solidarité avaient investi les rues de Bakel. A l’origine de ce courroux, les manifestants qui n’ont pas caché leur colère exigeaient l’érection de leur localité en région pour prétendre à un quelconque développement. « Bakel est oublié par les pouvoirs publics. Nous n’allons pas l’accepter », avait martelé le porte parole des marcheurs. Il trouve injuste qu’aucune réaction n’a été faite. Pour lui, pas question de reculer; et le prochain plan d’action qui sera axé sur un point qui ne dit pas son nom. Déjà au niveau de Bakel, la situation est regrettable, après que le département a été amputé des arrondissements de Goudiry et de Balla.

Ousseynou DIALLO / www.tambacounda.info /

 

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