La situation au nord Mali : compte rendu de la conférence de l’ASPA (Association Sciences Po pour l’Afrique)

La situation au nord Mali : compte rendu de la conférence de l’ASPA (Association Sciences Po pour l’Afrique)

 

Le Mali a été longtemps considéré comme un modèle de démocratie et de stabilité en Afrique de l’Ouest, mais il est plongé depuis le début de l’année dans une crise politique et militaire qui semble inextricable. Fin mars, un coup d’Etat militaire a renversé le président Amadou Toumani Touré et a structurellement déstabilisé les institutions maliennes, tandis qu’au nord du pays une rébellion touareg vaincue par les mouvances djihadistes, proches d’AQMI, a depuis étendu son contrôle à toute la moitié nord du pays. Délitement de l’Etat au sud, sécession et radicalisation religieuse au nord ; la confusion qui règne est telle qu’on parle désormais d’un pays en voie de «somalisation». 

Nouveau terrain de jeu des réseaux terroristes et fondamentalistes, la région suscite l’inquiétude de la communauté internationale, et les appels à une intervention militaire pour récupérer le Nord du Mali par la force se sont multipliés. Après une demande du Mali, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité, vendredi 12 octobre, une résolution appelant les organisations régionales africaines et les Nations unies à présenter sous 45 jours un plan d’intervention visant à reconquérir le nord du Mali.

Pour sa rentrée 2012-2013, l’ASPA (Association Sciences Po pour l’Afrique) a organisé ce mercredi 24 octobre 2012 à l’enceinte de l’école au 27 rue Saint Guillaume, dans le prestigieux 7ème arrondissement de Paris, une conférence sur cette crise malienne, actuellement au cœur des préoccupations de la communauté internationale. Ladite conférence est présidée par Nicolas Simel N’Diaye, avec comme principaux intervenants Ibrahim Boubacar KEITA (dit IBK), ancien Premier Ministre du Mali jusqu’en 2012, et ex-président de l’Assemblée nationale, Jean FELIX-PAGANON, ancien ambassadeur de France en Egypte jusqu’à dernièrement, représentant spécial pour la région du Sahel en poste au Quai d’Orsay, et Pierre BOILLEY, Directeur du Centre des Etudes des Mondes africains (CEMAf), spécialiste du Sahel et du peuple touareg.

Dès le départ, la parole fut donnée à l’ancien premier ministre d’ATT, il n’a pas occulté les manques de mise en œuvre effective de certains programmes destinés au Nord, notamment construction d’un grand axe routier, malgré une réelle volonté de décentralisation. Dans son discours, il s’est prononcé ouvertement contre une intervention militaire, prônant des négociations avec le MNLA et les groupes terroristes, il est même allé à proposer à ce que le Nord du Mali devienne autonome, tout en s’interdisant de se prononcer pour indépendance. Soulevant la colère du public, massivement contre la rébellion et les terroristes islamistes, IBK s’est défendu d’être un traitre, et s’est dit atteint par les accusations dont il avait fait l’objet de la part de l’opinion publique qui l’accusait d’être un soutien politique de la junte, des putschistes ; s’emportant contre la question d’un jeune malien qui le présentait comme l’un des responsables de la situation actuelle, puisqu’il fut premier ministre et qu’il avait failli à sa mission de développement de l’ensemble du territoire malien, IBK a maladroitement défendu son bilan, il fut même hué par l’assistance. 
Lui emboitant le pas, comme s’ils s’étaient concertés avant la conférence, Pierre BOILLEY a tenu à justifier la position du MNLA, expliquant qu’un point de non-retour est atteint et que la seule solution, est d’accorder l’indépendance au Nord du Mali, non sans dénoncer une supposée marginalisation du peuple touareg au sein de la nation malienne. Acculé par les questions du public qui l’accuse de soutenir le MNLA et d’être pro-touaregs, il a fini par reconnaître être un ami du chef de la rébellion touareg du Nord et de l’héberger lors de ses nombreux voyages à Paris. Tout comme IBK, Boilley fut conspué lorsqu’il s’est prononcé contre l’intervention militaire, la jugeant plus dommageable pour le Mali.

Le seul intervenant qui a obtenu les faveurs de l’assistance, avec des applaudissements, fut Jean FELIX-PAGANON qui, se prononçant d’emblée pour l’intervention militaire pour assainir cette poche de terroristes qui infeste le Sahel, a été longuement ovationné. Il faut dire que le représentant spécial du Sahel au Quai d’Orsay a été très pragmatique  en  excluant toute négociation avec les terroristes, et balayant les velléités indépendantistes du MNLA,  souhaitant que le Mali retrouve toute l’intégrité de son territoire et que la question touareg doit être négociée, mais en étant dans le Mali, en redistribuant les richesses du pays. Il était le seul intervenant qui a eu grâce aux yeux de l’assistance. L’amphithéâtre Émile Boutmy (fondateur de Science-Po au 19ème siècle), était comble, la foule s’amassait dehors, écoutant  depuis dehors les intervenants, par le truchement des haut-parleurs.

C’est dire à quel point la question malienne préoccupe, inquiète, car le Mali est un pays qui a vu naître les plus grands royaumes de l’Afrique noire, et que culturellement, tout le monde s’y retrouve ; et si le Mali venait à se désintégrer, c’est un peu comme si chaque africain voyait s’envoler une partie de son Histoire. La délivrance, la libération du Nord de ce pays est une attente qui semble plus forte que tout actuellement. Demain est un autre jour.

 

         Oumar SAKHO

 

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