Ces femmes africaines qui se blanchissent la peau : le khessel

Ces femmes africaines qui se blanchissent la peau : le khessel

 

La dépigmentation de la peau reste un phénomène très présent en France comme en Afrique. Les causes de cette pratique sont nombreuses : de l’Histoire aux publicités actuelles, tout cela couplé à la pression du conjoint, a priori rien ne favorise les personnes à croire que « Black is beautiful ». Enquête.

La peau claire : objectif rêvé de nombre de femmes africaines et fantasme pour beaucoup d’hommes. Pour y parvenir, de nombreuses personnes persistent à utiliser des crèmes blanchissantes, bien que ces dernières soient considérées comme mauvaises pour la santé. Pourquoi certaines choisissent ainsi de se mettre en danger pour un peu moins de mélanine ?

Ce sont surtout des normes qui établissent le clair comme beau. Un matraquage continu par les publicités montre des femmes de couleurs claires, affublées de beaux cheveux lisses qui renvoient certaines femmes à une image de ce qui est « bien ». La peau claire devient dès lors synonyme de beauté et de réussite.

Rokhaya Diallo ne dit pas autre chose dans son livre Racisme : mode d’emploi : « En plus des efforts « usuels » relevant du sexisme (course à la minceur, à la jeunesse), les femmes racisées doivent aussi procéder à des modifications définitives et structurelles de leur peau et de leurs cheveux pour parvenir à atteindre cet idéal. Défrisages réguliers, perruques, voire produits éclaircissants, tout cela a un coût. Ce budget exceptionnel n’est pas le fait d’une coquetterie particulière ou d’une hypothétique culture portant aux nues le culte du corps, mais bel et bien le prix d’une normalisation. »

Héritage de la colonisation

Pour certaines, cette normalisation passe donc par des crèmes éclaircissantes. La volonté d’utiliser ce type de produits trouve aussi sa source dans l’Histoire. Sociologue travaillant à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Djiby Diakhité voit un conditionnement possible par la colonisation : « Il faut comprendre que lors de la colonisation, il y avait une volonté d’assimilation culturelle, estime-t-il. Cette pratique assimilatrice faisait considérer la couleur de peau des blancs et des métisses comme un critère de beauté. »

Emma, pharmacienne d’origine ivoirienne en région parisienne pense aujourd’hui que le phénomène n’est pas si important : « Notre clientèle n’a pas cette mentalité. Les femmes qui ont la peau foncée ont souvent une très belle peau et veulent l’entretenir. »

En France, le commerce de crèmes blanchissantes est interdit. Mais il n’est pas compliqué d’en trouver sur le marché noir. En 2009, la mairie de Paris a lancé une campagne pour prévenir les risques pour la santé que peuvent provoquer l’utilisation de ces produits. Cependant pour Djiby Diakhaté, l’argument sanitaire ne touche plus autant qu’avant. « On mettait avant l’accent sur l’argument médical en évoquant les méfaits pour la santé. Le problème, c’est que les utilisateurs les connaissent et cela ne les empêche pas de les prendre. C’est un peu comme pour les fumeurs de cigarettes : ils savent ce qu’ils risquent mais continuent. »

Inversion des rôles

Emma estime que le problème est tout autre en Afrique : « Là-bas, les hommes aiment les femmes plus claires, même si cela a beaucoup diminué. Il y a des complexes. Je pense que c’est pour les hommes si elles s’éclaircissent la peau. » Les hommes africains seraient donc une cause de l’éclaircissement des femmes ? Djiby Diakhaté explique la situation : « Les hommes sont pris entre deux feux dans leur recherche de l’âme sœur : ils sont tiraillés entre la volonté de trouver une femme correspondant à leurs traditions et ils veulent aussi une personne répondant à certains canons esthétiques et possédant notamment la peau claire. Cette synthèse est assez difficile à réaliser et crée une certaine frustration. »

Cependant, le sociologue note une inversion des rôles : dorénavant des hommes commencent à s’enduire de crème pour devenir plus clair. « Cette pratique était encore inimaginable il y a dix ans en Afrique de l’Ouest, affirme Djiby Diakhaté. Aujourd’hui, les femmes expriment aussi leur volonté. »

Les solutions pour lutter contre ce comportement ne sont pas légions. Il y a bien sûr la lutte contre les réseaux vendant ces produits en Afrique et en Europe. Mais le combat doit aussi être d’une nature plus idéologique pour Djiby Diakhaté : « Il serait peut-être mieux que l’on fasse décomplexer les personnes face à leur couleur de peau et qu’elles s’approprient une identité dynamique et ouverte et non plus calquée sur une autre. »

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