Avec le bouillon et le sel : bonjour le Cancer, les maladies cardiovasculaires et l’impuissance et la stérilité sexuelles

Avec le bouillon et le sel : bonjour le Cancer, les maladies cardiovasculaires et l’impuissance et la stérilité sexuelles

 

En raison d’une mauvaise alimentation, le Sénégal est en train de développer, à grande vitesse, les maladies des pays riches. Un constat amer qui étreint le cœur des spécialistes.

 »C’est triste de constater que 50% du budget de la famille sert à l’achat d’ordonnances de maladies à vie qui auraient pu être prévenues par une alimentation saine. Et pire, ces médicaments si onéreux n’assurent pas une totale guérison. Les Sénégalais doivent revoir leur alimentation trop riche en gras et en sel », déplore Mme Salimata Wade. La situation est si critique que dans son ouvrage  »Mémoires pour l’espoir », l’ingénieur statisticien, Sogué Diarisso a sonné l’alerte  »sur les désastres créés par les maladies cardiovasculaires, deuxième cause de mortalité au Sénégal et le diabète ». Des maladies dont la progression est, en partie, liée à l’usage exagéré des bouillons et autres exhausteurs de goût selon les spécialistes.

La liste des maladies ne cesse de s’allonger dans notre pays. Le cancer, première cause de mortalité chez des personnes âgées de 40 à 60 ans, ne cesse d’avancer à grands pas. L’obésité avec son cortège de méfaits tels les maladies cardiovasculaires, gagne aussi du terrain. Le professeur El Hadji Niang, responsable du service radiologie de l’hôpital Aristide le Dantec, a fait de la lutte contre l’utilisation des additifs culinaires son cheval de bataille, en sa qualité de président de la ligue des consommateurs du Sénégal.

 »Ce sont des substances qui peuvent affecter le fœtus »

Son combat : faire en sorte que ces substances toxiques soient interdites de vente. A défaut, il souligne que l’État doit appliquer une taxe dissuasive ou une taxe de contribution pour assurer la prise en charge des patients.  »Presque tous les bouillons en cube vendus librement sur le marché contiennent du glutamate monosodique qui est pourvoyeur d’obésité, de diabète et d’hypertension, lit de toutes les maladies cardiovasculaires ». Ce n’est pas fortuit, selon lui, si ces produits sont en train d’être traqués partout dans le monde. Il s’indigne du surcroît de dépenses en santé occasionné par la consommation de ces substances qui exercent aussi des actions sur le système nerveux.  »Le glutamate inverse la polarité au niveau du système nerveux, en provoquant la mort de la cellule nerveuse, or les neurones ne se régénèrent jamais ».

Pire encore, les bouillons font perdre aux mâles leur virilité. Car selon le professeur Niang, l’obésité est à l’origine de dysfonctionnements sexuels, voire d’impuissance sexuelle.  »Il faut rappeler que le bouillon est utilisé pour stériliser les animaux et de manière empirique, pour nettoyer le dos des marmites. Des ménagères utilisent ces substances agressives ». Aujourd’hui, les maladies non transmissibles sont en train de faire des ravages sous nos cieux. Et constate t-il,  »il y a cinquante ans, c’était rarissime de trouver des cas d’obésité ou de diabète. Aujourd’hui, ils prennent des proportions inquiétantes. Certains le mettent sur le compte du riz, mais il ne faut pas ignorer l’action des bouillons. Ces produits peuvent ruiner l’individu et leurs actions peuvent aller jusqu’à la descendance. Car ce sont des substances qui peuvent affecter le fœtus ».

Le professeur infirme la thèse selon laquelle ces produits comblent une carence en vitamine A.  »Faux! D’ailleurs c’est un élément qui n’est pas indispensable. Nos aliments sont naturellement équilibrés », dit-il. Et d’ajouter :  »Ce sont des produits qui ne relèvent pas le goût. Ils ne font qu’augmenter la sensation et créer la volupté ». Entre autres remèdes, il conseille  »aux Sénégalais de manger le plus naturellement possible et d’apprécier le naturel ». Il tient à rappeler, que dans un passé récent, les populations ne consommaient pas de sucre, pour dire que ce produit n’est pas indispensable.  »Le sucre n’est apparu que récemment. Les grandes firmes ont créé le besoin alimentaire chez nous ». L’urgence, pour lui, est que les autorités prennent à bras le corps le dossier de ces substances incriminées comme toxiques, dans les pays développés qui génèrent des milliards de FCfa.

Dolli, Magi nokoss, Jumbo, Maggi, Joker, Adja, Jongué, Tak, Mami, Khadija, Dior, Tem Tem, autant de bouillons utilisés par la cuisinière sénégalaise pour apporter la différence dans sa marmite. C’est une assiette de maladies chroniques silencieuses qu’elle sert …

Le plat sénégalais serait-il devenu un vrai poison pour le citoyen lambda ? La réponse coule de source, face à la recrudescence des maladies non transmissibles. L’espérance de vie au Sénégal en a pris aussi un sacré coup.

De nos jours, le repas traditionnel, bien assaisonné, présenterait des goûts culinaires souvent plus exquis que ceux de nos mammys. Les Sénégalaises férues de bonne saveur ont l’art de mettre du piquant dans l’assiette. Toutes sortes d’ingrédients passent dans la marmite qui s’appauvrit de plus en plus en valeurs nutritives et s’enrichit en sel et calories. Quand les exhausteurs du goût s’y mettent, il faut simplement s’attendre à un cocktail….explosif. Nombreux sont ceux qui pointent l’index sur la cuisinière : le poison est dans l’assiette.

Aux Sénégalaises, il est reproché de mettre trop d’additifs culinaires dans la marmite pour aiguiser l’appétit, dénaturant le  »thiébou dieune » qui aurait été, à l’origine, un plat riche en protéides. Tomate en poudre et plus d’une dizaine de bouillons sont mises à l’actif.  »La recrudescence des maladies telles le diabète et l’hypertension artérielle sont causées par nos femmes qui nous tuent à petit feu, avec leurs substances toxiques. Nous sommes tous malades à cause d’elles. Elles ne cherchent qu’à écourter la vie des hommes… », souligne, un brin ironique, un vieux qui tient sur ses 70 berges, rencontré au centre de diabétologie Marc Sankalé.

Il demande aux autorités de ramener à la raison les Sénégalaises, face à leur utilisation abusive de cette armada de bouillons présente sur le marché sénégalais. Il n’est pas le seul. Le 3éme âge se remémore, avec nostalgie, les recettes toute nature et sans artifice d’antan.  »A notre époque, on resplendissait de santé. On était en pleine forme, car on mangeait sainement. L’alimentation était meilleure ». Du tout bio !

 »Le bouillon règle un problème économique. Ils donnent l’illusion du goût »

Autre temps, autres réalités. La crise économique a donné un coup de fouet au panier de la ménagère. Aujourd’hui, déplore Mme Salimata Wade, une universitaire, par ailleurs responsable de la  »Compagnie du bien manger », qui réunit nutritionnistes, diététiciens et spécialistes de la santé, le Sénégal est l’otage d’une épidémie d’hypertension.  »Même les jeunes sénégalais sont hypertendus », note t-elle. Et ce à cause, d’une alimentation trop riche en sels. Mme Salimata Wade craint que cette situation ne s’aggrave, en raison de la baisse du pouvoir d’achat des Sénégalais.  »C’est un problème de société qui se pose. La structure du budget n’est plus la même. Les repas sont fractionnés, les charges énormes et le coût de la vie très élevé ».

Quand elle passe à la loupe les habitudes alimentaires des Sénégalais, c’est pour détecter que le mal est d’une dimension économique. Mme Salimata Wade de s’expliquer.  »Jadis, dit-elle, nos mamans mettaient assez de viande, de tomates fraîches, de légumes frais et d’ingrédients dans la marmite. Ce n’est pas par effet de mode que, de nos jours, les femmes recourent de plus en plus aux additifs culinaires. Les bouillons règlent une dimension économique. Ils donnent l’illusion du goût. Du point de vue gustatif, cela donne de l’appétit ».

 »Rééduquer le sénégalais et lui apprendre à manger sainement »

Pour étayer sa thèse, la chercheuse de donner l’exemple de l’équation intenable de la ménagère sénégalaise qui dispose d’un maigre budget.  »Ce n’est pas facile avec une maigre somme de préparer du riz pour plus de quinze personnes avec un kg de viande ou peu de poisson. Tout est cher au marché. Des sardines qui se vendaient à 50f par pièce s’échangent aujourd’hui à 500 f, le kg de kéthiah coûte 1200 F Cfa, un kg de tomates fraîches est vendu à 600. Elles n’ont pas souvent le choix », explique t-elle.

Pour résoudre une difficile équation, la ménagère n’y va par quatre chemins. Elle se rabat sur les multiples bouillons qui donnent le goût du poisson, de la tomate, des épices, de la viande ou des légumes. Il suffit juste de débourser au maximum 200f pour s’offrir autant de saveurs. Et le tour est joué même si les conséquences sont désastreuses, avec des maladies chroniques et silencieuses. Il s’y ajoute, d’après la chercheuse Salimata Wade,  »qu »il y a trop de sel dans notre alimentation. On aime ce qui est saturé en gras et en sel ».

Mais pour l’universitaire, crever l’abcès exige de s’attaquer aux produits synthétiques qui inondent le marché sénégalais. Les bouillons ne sont pas, à cet effet, des cas isolés.  »On ne boit plus, par exemple, du jus mais que des arômes qui sont des produits chimiques ». Avec le système des journées continues, les sandwichs, très prisés à midi, se font à forte teneur de mayonnaise, de moutarde, de ketchup qui sont tout aussi nuisibles à la santé.

Comme solution, Mme Salimata Wade préconise le retour du repas commun en famille.  »On n’a pas d’alimentation idéale à proposer, cela n’existe pas. On doit partir de ce que les gens ont pour changer leurs habitudes alimentaires, en tenant compte des données économiques. Il faut rééduquer le sénégalais et leur apprendre à manger sainement ». 

 

 

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