L’autre face des JO (Jeux Olympiques)

L’autre face des JO (Jeux Olympiques)

 

Je me sens assiégé par les reportages et par l’enthousiasme médiatique, sur les Jeux Olympiques (JO), presse, radio, web, téléphone cellulaire, sur la télévision, aucune idée, il y a fort longtemps que je ne possède plus cette étrange lucarne, mais j’imagine un envahissement permanent de l’espace idiot visuel, agrémenté des « messages » des « partenaires » de ci et de ca.

Le journal « La Peste », une référence incontournable, se vantait dans la rubrique Affaires de la semaine dernière des opportunités exceptionnelles qui sont offertes aux compagnies pour véhiculer leurs messages, on ne peut mieux dire… Il semble qu’il y ait consensus pour suivre cette compétition mondiale mais, ici et ailleurs, on n’entend pas beaucoup lesvoix critiques des JO. Le président francais, jamais en retard, vient même de déclarer depuis Londres qu’il était favorable à une nouvelle candidature de Paris pour les JO de 2024. L’hyper-manifestation sportive est pourtant encadrée par un formidable déploiement policier et militaire, la Grande-Bretagne, déjà championne du monde de la vidéosurveillance, en rajoute une couche orwellienne. Gigantisme militarisé de l’amusement, hantise de l’attentat. On ne verra bien entendu, strictement rien des zones dévastées par (Liverpool par exemple) les politiques conservatrices et réactionnaires suivies ces trente dernières années par le royaume de Sa Majesté…

Les contribuables du monde entier financent le sport dit de haut niveau au détriment d’investissements pour aider pauvres, chômeurs, mal-logés, mal-payés. Partout dans le monde le chauvinisme devient licite lorsqu’il s’agit de parler des médailles. On suit « nos » athlètes et leurs chances de médailles, leur gain d’un dixième de seconde dans telle ou telle course, les quelques centimètres gagnés aux prix d’efforts inhumains. J’entendais à la radio que les nageurs sont maintenant en piscine 6 jours sur sept, huit heures par jour, il ne s’agit même plus de pratiques sportives, on peut parler d’esclavage…L’infantilisme généralisé est encouragé par des préoccupations puériles portant, par exemple, sur le fait de courir le 100 mètres en 9 secondes 40 ou en 9 secondes 50. En même temps lessystèmes de santé publics doivent se débattre avec une population, dans les pays industrialisés, dont 20 % est obèse et 40 % en surpoids chroniques, ou la sédentarité et l’inactivité physique n’ont jamais été aussi importantes.

La drogue circule dans tous les sports, pas seulement en Chine ou en Espagne, pas seulement dans le cyclisme ou la natation. La chimie et la chimie du nationalisme dopent des performances qui n’ont aucun intérêt sinon celui d’assurer les profits de marchands de stades, de drogues, d’appareils sportifs, de systèmes de média, presse, télévision, radio, de boissons énergisantes ainsi que le prestige supposé des nations toutes complices de cette course a l’abîme…Les régimes autoritaires ou fachistes ont toujours adorés les sports ce n’est pas l’effet du hasard.

Les Romains avaient leurs panem et circenses (« pain et jeux du cirque ») ; nous avons de plus en plus de « circenses » et, pour beaucoup, de moins en moins de « panem » ; selon le mot d’un sociologue américain, Neil Postman, nous nous amusons à en mourir : les JO consacrent l’alliance des spectacles, sport et télévision, ils occupent le temps disponible de cerveaux qui ne pensent pas en termes politiques. La drogue du sport et des JO n’est pas que celle qui gonfle les muscles des athlètes-gladiateurs, mais c’est aussi la drogue télévisuelle et compétitive qui envahit les cervelles des spectateurs nationalistes.

Les JO ne sont que la forme exacerbée et mondialisée du triomphe de la société du spectacle décrite par Guy Debord ou celle de la valeur décrite par Anselm Jappe. Ils représentent un gâchis de ressources extraordinaire, comme nombre de compétitions sportives. Le bilan carbone de ces jeux est catastrophique, il en est de même pour l’impact général sur l’environnement. Les JO favorisent en outre les investissements dans des secteurs qui promeuvent l’inégalité.

De la même manière que les contribuables ordinaires financent les plus riches bénéficiant de paquets fiscaux, les gens modestes paient les revenus exorbitants de sportifs-divas qui assurent le spectacle. Les contribuables paient donc pour de gigantesques installations qu’ils n’utiliseront jamais. Combien de stades de banlieue, de foyers communautaires, d’écoles ou de centres aérés pourraient être construits avec cette manne déversée sur une toute petite minorité ?

On assiste également a des sur-enchères stupides et hors de prix (mon stade est plus gros que le tien), je veux MON colisée à Québec, le monde va s’arrêter si notre capitale nationale ne peut s’orgueillir d’avoir elle aussi une équipe de la LNH… Combien de millions de plus l’année prochaine pour le Grand prix de Montréal, pour le Grand prix de Trois-Rivières ?

Pourquoi le stade Saputo n’est pas au centre ville ? Idées stupides véhiculés par une presse servile aux ordres des pouvoirs économiques.

Les prochains JO auront lieu au Brésil, un pays ou 60 millions d’habitants vivent avecmoins de 3 $ par jour…

Le comité olympique totalement compromis par une marchandisation sans fin ne cesse d’inventer de nouvelles « épreuves » qui ne sont là que pour remplir l’espace médiatique.

Plongeon synchronisé (le Québec retient son souffle, que va faire « NOTRE » prodige Alexandre Despatie ?). Réponse, retomber dans l’eau comme d’habitude….

Gymnastique artistique (cerceaux, rubans, etc) femmes et hommes. Beach-volley ou lesparticipantes sont priées d’aborder des tenues sexy, le short est maintenant possible, alors que l’on laisse la judoka du Quatar s’exercer sur le tatami avec un tchador…

Trampoline qui n’a rien a voir avec ce que vous faites dans votre jardin avec vos enfants.

Compétitions d’équitations, seules disciplines, ou les athlètes ne sont pas drogués, on ne contrôle pas les chevaux…, pas encore du moins…et dont certaines épreuves, le dressage surtout, ne peut intéresser qu’une gentry de parvenus (la médaille d’argent ayant été remportée par la Grande-Bretagne avec dans l’équipe la fille de la princesse Anne…).

sans compter les épreuves qui ont disparus des JO telles que ;

Le baseball, le softball, le polo, le tir à la corde, le tir au cerf (jusqu’en 1956 a Melbourne), la nage sous l’eau, la pelote basque, le croquet, le golf, qui reviendra, trop d’argent à faire, saut en hauteur sans élan, et le comble du ridicule a été atteint quand en 1896 pour les premiers Jeux de l’Histoire moderne, organisés à Athènes, une épreuve de natation avait réservée aux seuls membres de la Marine grecque. Ce fut un Grec qui triompha, à la surprise générale…..

Les JO placent la compétition au centre des valeurs, là où la solidarité et la coopération seraient les bienvenues. Certes, le sport en général et les JO en particulier sont populaires, ils sont l’opium du peuple de nos sociétés, mais qui fourgue cet opium ? Pourquoi ne traque-t-on pas les venseurs de cette substance toxique ?

L’anti-intellectualisme nationaliste qui fleurit est une aubaine pour les pouvoirs économiques : pendant la communion autour du sport et de « nos » athlètes, la rébellion est étouffée. L’ »homme révolté » de Camus s’endort et est bercé par les voix enflammées des reporters sportifs qui savent bien allier vacuité idiote, nationalisme exacerbé et enthousiasme de pacotille. La cruauté de la compétition est gommée par les discours sur la beauté du sport et les qualités psychologiques et physiques exceptionnelles que leschampions doivent posséder.

La relégation sociale dans les banlieues, dans les zones pauvres, est dissoute dans l’admiration pour « nos » sportifs issus des minorités, visibles ou pas, soudain promus gloiresnationales protégées du racisme. L’idéologie de la compétition généralisée, si chère à nos dirigeants et penseurs néolibéraux, fait une percée extraordinaire durant les JO : mêmeles critiques se rallient à l’idéal de la compétition non faussée. Le sport et son armada de thuriféraires médiatiques réussissent à tuer dans la ouate les velléités de révolte.

Les JO n’ont rien à voir avec une pratique sportive saine qui n’est pas compétitive et ne nécessite pas d’investissements pharaoniques, rien a voir avec le fait d’aller jouer avecvos amis dans une patinoire de fortune en hiver, etc… Le bien-être de tous ne passe pas par le gain d’un dixième de seconde, l’ingurgitation de drogues ou le désir d’écraser l’autre, surtout s’il ou elle est de nationalité différente.

Les JO nous renvoient une image hideuse de notre société mais la laideur est rendue socialement acceptable par la magie médiatico-sportive. Regardons les visages torturés et durs des athlètes, ils sont notre vérité dans la compétition. Nationalistes hargneux, sans tendresse, méchants, oublieux des déshérités, aveuglés sur notre propre situation, aliénés dans le culte des héros du jour, fondus dans une masse qui regarde mais ne fait pas, passifs et dépouillés par les investisseurs de la société des jeux du cirque. Une catastrophe éthique devient un beau succès idéologique.

Ne revenons pas sur le mercantilisme du comité international olympique, des pots de vin et commissions occultes qui circulent dans ces milieux, de l’opacité de l’organisation, dont le siège social se trouve a Lausanne, en Suisse, un paradis fiscal, comme par hasard.

Le sport lui-même est tué par la compétition. Il ne faut pas croire que nous sortons indemnes de la cocaïne médiatique des JO, notre accoutumance est incapacitante et nous la payons cher, au sens propre comme au sens figuré.

La presse en général nous tartine régulièrement sa complainte sur « l’idéal olympique » et l’idée géniale de son créateur, le baron Pierre de Coubertin. Mais qui était exactement Monsieur le Baron ? Quelles valeurs défendait-il ?

Si le nom de Coubertin est souvent associé à un idéal olympique de paix et d’égalité entre les êtres humains, voire d’humanisme, la réalité des valeurs défendues par le baron, y compris à travers sa vision du sport et des jeux, en diffère largement. S’il n’est pas seul en son temps, « colonialiste fanatique » comme Jules Ferry, selon ses propres mots, il accorde une grande place à l’honneur patriotique et au nationalisme. Fervent partisan de la colonisation : « Dès les premiers jours, j’étais un colonial fanatique et il voit dans le sport un instrument utile de « disciplinisation des indigènes. Pour Coubertin « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance . Cette vision du monde ne se limite d’ailleurs pas au seul domaine colonial : pour lui c’est toute la société qui est divisée entre forts et faibles. Il y a deux races distinctes : celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh ! bien, c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts.

Et sur les femmes….

Les olympiades femelles sont inintéressantes, inesthétiques et incorrectes. Aux Jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner lesvainqueurs car le seul véritable héros olympique est le mâle individuel, une olympiade femelle est impensable, elle serait impraticable …

Et si Coubertin parle des jeux comme instrument de paix, le sport étant avant tout une affaire virile, il les voit aussi avant 1914 comme un moyen d’en rendre les pratiquants plus aptes à la guerre « le jeune sportsman se sent évidemment mieux préparé à « partir à la guerre » que ne le furent ses aînés. Et quand on est préparé à quelque chose, on le fait plus volontiers.

Enfin le baron apporte un soutien implicite à Hitler à l’occasion des campagnes publicitaires en faveur de Jeux « Dès aujourd’hui, je veux remercier le gouvernement et lepeuple allemands pour l’effort dépensé en l’honneur de la onzième olympiade ». Bien que retiré du CIO où il reste à titre purement honorifique, il participe aux jeux pour le discours de clôture « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir.

Interrogé sur ce soutien, Coubertin répond : « Comment voudriez-vous que je répudie la célébration de la XIe Olympiade ? Puisque aussi bien cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’ils ont connu »

C’était certes un homme de son temps, mais cette piétaille journalistique, qui dépend du CIO, pour obtenir ses accréditations au Jeux se gardera bien d’examiner l’histoire du mouvement et ses pratiques…

En attendant, probablement glués à votre télévision, continuez donc à admirer « lesexploits » de NOS athlètes… le spectacle continue.


Jesse Owens et Luz Long.

Hitler lui a serré la main derrière la tribune. 
Aux États-Unis, c’était la ségrégation raciale dure. 
Roosevelt n’a fait aucune félicitations à Owens.

SOURCE

 

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