La savane est belle : Rêver au Parc de Bandia, au Sénégal

La savane est belle : Rêver au Parc de Bandia, au Sénégal

 

Située dans la région de Thiès, à 65 kilomètres de Dakar, la réserve de Bandia offre une virée au cœur de la faune et de la flore africaine. Rhinocéros, zèbres, buffles et autruches, entre autres, y cohabitent à l’ombre de baobabs centenaires et d’acacias seyal. Plongée dans un univers onirique, mais onéreux.

C’est du haut d’un puissant 4×4 que je traverse la réserve de Bandia, à 65 kilomètres de Dakar. Pour la première fois depuis mon arrivée au Sénégal, le paysage est luxuriant, vert et vierge de tout déchet. Bouffée d’air : klaxons et pollution sont restés à la maison, consignés entre taxis et bouibouis, bêtes et charrettes. Ici, de sages baobabs irriguent la terre de leurs souveraines racines tandis que leurs fleurs pollinisent l’atmosphère ; la purifient. L’ambiance, elle, est assurée par le chant des cigales et la gouaille de Joseph, mon guide. « Les animaux sont libres, à nous de les chercher », prévient-il au début de l’expédition avant de préciser, hilare : « seules les hyènes sont encagées car sinon, elles dévoreraient tous les animaux de la réserve », ruinant sa carrière et mon séjour avec.

Un impala pointe, le premier, le bout de son museau. Solitaire, il vient, selon Joseph, de perdre un duel contre le mâle dominant de son troupeau. Condamné à errer entre d’épineux acacias, il entame sa traversée du désert ; amer. Plus loin, une girafe veille sur ses deux girafons. Crépitements d’appareils photo ; explosion d’exclamations. Madame joue les vedettes, visiblement satisfaite de me prendre 3 mètres. Un varan passe. Obscur lézard bâtard genre dinosaure, va voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Trois zèbres sommeillent à l’ombre d’un acajou. Loin des ordures qui bétonnent le continent, l’Afrique offre l’ineffable. Une rencontre fantasmagorique, un décor apothéotique ; pur moment d’émerveillement et d’enchantement. Pintades, autruches et antilopes prolongent le doux rêve ; un troupeau de buffles aussi, qui labourent la terre d’un pas convaincu. Nichés dans les bois, merles métalliques, perruches à collier, gonoleks de Barbarie et loriots dorés orchestrent le défilé des animaux. Bandia tient sa symphonie pour gazouillis. Un couple de rhinocéros assure le clou du spectacle. Peu commodes, les bestiaux prennent soin d’éloigner un phacochère d’un monticule de paille d’arachide qu’ils bâfrent goulûment. Hakuna matata*, les pensionnaires du safari ne sont pas tous amis. Et Joseph de raconter que ces rhinos, âgés de 13 ans, n’en sont pas à leur coup d’essai. Il y a quelques années, une touriste un peu trop aventureuse avait tenté de les approcher de trop près. Furieux, ils l’avaient prise en chasse sous les yeux de guides trop éloignés pour intervenir. Fort heureusement, l’infortunée toubab avait eu le réflexe de s’arrêter, désorientant puis décourageant ses poursuivants.

Joseph tient son lot d’anecdotes sur les visiteurs. Souvent aimables, voire affables, d’autres s’avèrent dédaigneux, irrespectueux. « Certains se plaignent de ne pas voir assez d’animaux, comme si l’on pouvait commander leur arrivée », assure-t-il, remonté, avant d’ajouter : « d’autres me traitent comme leur serviteur et m’insultent ». La bêtise humaine gangrène l’éden ; écœurement. Comment ne pas voir que l’âme de ce continent repose en ses habitants ?

A l’image de Joseph, tous ont de grands yeux et le sourire éclatant ; le visage débordant d’amitié, les gestes fraternels et universels. Tous ont la vie au fond de leur cœur et de leurs tripes, des leçons d’humanisme à donner sur la création, et l’adoration. Un oryx jaillit de la brousse. Superbe robe, divin pelage noir, blanc et brun ; élégantes cornes torsadées. « Tu as de la chance, murmure mon guide, il n’y en a que deux dans la réserve et d’habitude, ils ne sortent que la nuit ». En provenance d’Afrique du Sud, tout comme les élans du Cap de Bandia, l’animal a du mal à s’adapter à son nouvel environnement et regrette le désert d’où il vient.

Le projet d’extension du parc lui redonnera, peut-être, le sourire. D’ici deux ans, la réserve de Bandia passera de 1500 hectares à 3500 hectares. Ses 40 kilomètres de piste seront agrandis et des gnous seront introduits parmi ses pensionnaires. Un couple d’éléphants aussi, qui ne manquera pas d’aiguiser la curiosité des visiteurs. Certains s’affirment déçus de ne pas en voir, tout comme ils déplorent l’absence de lions de la Téranga, et d’autres grands fauves.

Dans la réserve de Bandia, l’hospitalité a d’ailleurs un prix non négligeable. Aux 10 000 francs dont doit s’acquitter chaque adulte, il faut ajouter 40 000 francs — à partager entre les passagers — pour louer un guide et un véhicule tout terrain. A l’issue du tour, on vous amène voir les crocodiles de la réserve tout en vous invitant, sur le ton de la rigolade, à une « baignade gratuite » à leurs côtés. Déclinant poliment l’offre, le visiteur se trouve alors juste en face du restaurant. Il est midi, le ventre gronde. La note sera salée. Le prix à payer pour rêver.

*Expression signifiant qu’il n’ya pas de problème.

 

 

 

 

 

 

 

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