L’integralité de l’interview de Macky Sall à Jeune Afrique

L’integralité de l’interview de Macky Sall à Jeune Afrique

Trois mois près son accession au pouvoir, Macky Sall a choisi les colonnes de l’hebdomadaire Jeune Afrique pour s’exprimer. Un entretien au cours duquel le nouveau chef de l’Etat sénégalais effectue un véritable round-up de la situation. Des premiers actes qu’il a posés, à ses relations avec le voisinage, en passant par le cas Habré, sa relation avec François Hollande, tout y est passé. Sans détours ni langue de bois, Macky Sall se juge et se jauge.

 

Jeune Afrique : Trois mois après votre élection à la présidence, dans quel état se trouve le Sénégal ? Conforme au diagnostic sévère formulé pendant la campagne électorale ?

Macky Sall : Mes appréhensions ont, hélas, été confirmées. Mon prédécesseur avait donné le ton, en expliquant, durant la campagne, que compte tenu de la gravité de la situation, il serait le seul capable à diriger le Sénégal, précisant même que, s’il ne l’emportait pas, son successeur ne pourrait payer les salaires des fonctionnaires… Dieu merci, nous n’en sommes pas là. Les mesures drastiques que nous avons prises pour juguler l’énorme déficit budgétaire dont nous avons hérité, qui est désormais de 7,4% du produit intérieur brut (PIB), ainsi que l’aide de nos partenaires, nous permettent d’envisager l’avenir plus sereinement. Nous ramènerons ce déficit à 5% dès 2013, puis à 4% en 2015. 

Comment comptez-vous incarner la rupture promise, vous qui avez tout de même participé, comme ministre puis chef du gouvernement, au régime d’Abdoulaye Wade et compte tenu de votre marge de manœuvre économique et financière pour le moins étroite ?

La rupture n’est pas qu’un slogan. C’est un comportement, celui que les dirigeants de ce pays doivent adopter. Humilité, sobriété et rigueur doivent régir notre action politique. Je vous assure qu’il s’agit bien là d’une rupture profonde, avec les pratiques en vigueur sous mon prédécesseur… Avec moi, tout va changer. J’ai renoncé à deux ans de pouvoir, en ramenant le mandat présidentiel de sept à cinq ans et en m’appliquant immédiatement cette mesure, comme je m’y étais engagé. J’ai tenu, pour la première fois dans l’histoire de ce pays, à déclarer publiquement mon patrimoine, malgré les polémiques entretenues à dessein par mes adversaires. Visiblement, il vaut mieux ne rien publier et cacher son patrimoine. Cela attire moins de problèmes. 

A la fin de mon mandat, je ferai le même exercice, et l’on pourra comparer… Les Sénégalais ont réclamé une gouvernance plus vertueuse, plus éthique. Nous avons l’obligation de rendre des comptes, de réduire le train de vie et les dépenses naguère somptuaires de l’Etat. J’ai, par exemple, pris la décision de vendre le second avion de la présidence. J’ai aussi trouvé un gouvernement composé de vingt-huit ministres en arrivant, et je l’ai ramené à vingt-cinq. C’est désormais l’un des plus réduits d’Afrique, et je vous assure qu’il aurait été plus simple pour moi de distribuer plus largement les maroquins. 

Enfin, j’ai décidé de mettre fin à un certain nombre de projets qui n’ont que très peu d’incidences sur le développement du pays et illustrent un gaspillage de nos ressources, des projets dont les Sénégalais ne veulent plus. J’ai supprimé plus de 60 agences et directions nationales dont l’utilité n’était pas avérée. Autant de coupes qui ne réduisent en rien l’efficacité du gouvernement et l’administration, bien au contraire… 

Les Sénégalais souffrent et l’expriment. Ils éprouvent des difficultés à se nourrir, à se loger, à se soigner… Compte tenu de leurs attentes immenses, ne craignez-vous pas de les décevoir ?

Je suis pleinement conscient de la difficulté de la tâche à laquelle nous sommes confrontés, mais je n’ai pas peur des défis. Il nous faut cependant, pour espérer changer les choses, modifier notre manière de gouverner et élaborer un nouveau paradigme en matière de conception de nos politiques de développement, avec plus d’efficacité. Il n’y a pas de miracle en la matière, seulement du travail, une vision, des compétences mises au service de l’optimisation de nos ressources. 

Pourquoi Taïwan, la Corée du Sud ou, plus près de nous, la Tunisie, qui étaient comparables au Sénégal au début des années 1960, ont-ils pu parcourir tout ce chemin et pas nous ? Pourquoi devons nous toujours importer ce que l’on consomme dans nos assiettes ? Pourquoi ne pourrions-nous pas remplir les objectifs que nous nous fixons ? Rien ne sera simple. Il faudra beaucoup de sueur, de volonté, et consentir à certains sacrifices. J’ai pris des engagements durant la campagne et je mettrai tout en œuvre pour les tenir. Ensuite, les Sénégalais jugeront… 

Prochaine étape, les élections législatives qui se dérouleront le 1er juillet. Qu’en attendez-vous ? Ne craignez-vous pas la revanche du Pds d’Abdoulaye Wade qui n’a pas l’air de vouloir prendre sa retraite ?

Mon seul objectif est évidemment d’obtenir la majorité au Parlement. Ce serait la suite logique de la confiance que m’ont témoignée les Sénégalais le 25 mars dernier. Un président sans majorité n’a pas la possibilité de gouverner et nous nous retrouverions dans une sorte d’impasse. Mes compatriotes le savent. 

Comptez-vous revoir la composition du gouvernement à l’issue de ce scrutin ?

Sauf surprise liée aux résultats, il n’y a aucune raison de le changer. J’ai nommé un gouvernement composé de personnalités qui disposent des compétences requises et qui sont issues de la coalition qui m’a porté au pouvoir. 

Certains pensent que vous pourriez être prisonnier de cette coalition. d’autant que cet attelage entre libéraux et socialistes paraît bancal…

Je ne suis prisonnier de rien du tout. Je suis à la tête de cette coalition, et c’est moi qui ai été élu par les Sénégalais. Chacun a un rôle à jouer, mais chacun connaît les limites de son rôle. Nous échangeons beaucoup. Nous discutons de tous les sujets d’importance, mais au final, c’est moi qui décide, seul. 

Vous avez lancé une vague d’audits destinés à faire la lumière sur la gestion du pays pendant les années Wade (2000-2012), en précisant toutefois que vous ne souhaitiez pas qu’ils se transforment en chasse aux sorcières. Quel est l’objectif réel et quelles en sont les limites ?

Vous avez bien fait de préciser qu’il ne s’agit pas là de l’audit d’un régime mais de celui d’une gestion. Nous ne sommes pas là pour salir qui que ce soit. Nous nous intéressons donc uniquement aux actes posés, aux chantiers lancés et aux projets mis en œuvre. Certains de ces audits ont été transmis à la justice lorsque de sérieux doutes existent, relatifs à des fautes graves ou à des délits. 

D’autres ont été lancés par Wade lui-même. La seule chose qui nous intéresse, c’est que les erreurs du passé ne se reproduisent pas. En outre, il me semble logique, lorsqu’on arrive au pouvoir, de procéder à un état des lieux, sans aucun procès d’intention. Les grands chantiers de Wade, comme entre autres l’aéroport Blaise Diagne, ont englouti d’énormes ressources. Comment les contrats ont-ils été signés ? Sur quelles bases ? Où en est l’exécution ? Autant de questions qu’il nous faut poser pour décider de la marche à suivre. Tout cela n’a rien d’extravagant. C’est même logique. 

Y aura-t-il des personnalités intouchables ? Wade lui-même ou certains de vos proches ?

Personne n’est au-dessus des lois. Le temps de l’impunité est révolu. 

Que pensez-vous de la proposition d’Abdoulaye Wade d’étendre la période examinée par ces audits jusqu’à l’indépendance ?

Cela m’a fait rire… Pourquoi ne l’a-t-il pas fait lorsqu’il est arrivé au pouvoir, en 2000 ? Ah si, j’oubliais, il a lancé les audits dès son élection, contre les dignitaires du Parti socialiste. Leur choix était simple : se convertir au nouveau pouvoir ou la prison. Franchement… 

Wade vous a-t-il surpris en quittant le pouvoir et en redevenant chef de l’opposition ?

Oui. Le statut d’ancien chef de l’Etat impose respect et considération. Mais aussi un certain devoir de réserve. A partir du moment où l’on fait fi de cet équilibre pour s’inscrire dans l’opposition, ce qui n’est pas franchement une sinécure en Afrique, je suis bien placé pour vous en parler, on s’expose. J’ai toujours respecté son parcours personnel, remarquable au sens propre du terme et je ne souhaiterais pas qu’il soit traité comme un opposant. Il est d’un certain âge. Les temps ont changé et les Sénégalais ont tourné la page. Je me garde de polémiquer avec lui, je n’en ai pas le temps. Ce qui me préoccupe, c’est de conduire le Sénégal à bon port, pas le sort de Wade. Mais il est vrai que j’aurais préféré qu’il mette son expérience au service de notre pays plutôt que de son parti, ou de ce qu’il en reste… 

Entretenez-vous des relations depuis votre arrivée à la présidence ?

Depuis la passation des pouvoirs, où tout s’est passé comme si de rien n’était, non, pas directement. Mais si nous devions nous retrouver, disons au hasard de nos agendas respectifs, je n’aurais aucun problème à discuter avec lui. 

Pourriez-vous travailler avec son fils, Karim ?

Je ne souhaite pas personnaliser les débats. Et la question ne se pose même pas. 

D’un côté, une jeunesse ouverte sur le monde, dynamique mais exaspérée. De l’autre, le poids des traditions, des castes et des confréries. Comment réconcilier les deux faces du Sénégal ?

Le Sénégal est un pays à l’alchimie complexe. Le poids des traditions, effectivement, y côtoie l’influence de l’ouverture et de la modernité. Mais nous avons toujours su gérer ces impératifs. Et ce n’était pas simple : l’Islam a trouvé chez nous une culture traditionnelle africaine solidement ancrée, avec laquelle il a dû cohabiter. Puis est arrivé le christianisme et, enfin, la colonisation. Une accumulation d’influences parfois contradictoires. Le monde évolue extrêmement rapidement, et avec l’impact des nouvelles technologies, de la révolution informatique ou l’émergence de nouvelles générations, le poids des traditions aura tendance, inévitablement, à diminuer, sans pour autant disparaître. Arrivera alors le temps d’une citoyenneté moderne, beaucoup plus connectée à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Ce que définissait, en somme, Senghor quand il parlait d’enracinement et d’ouverture. Une évolution que les Asiatiques, par exemple, ont su mener. 

« NTS : Nouveau Type de Sénégalais » est une expression inventée par les jeunes du mouvement « Y’en a marre » pour exprimer le besoin de changement de mentalités et des comportements. Selon vous, sur quoi doivent reposer ces changements ? Quel est le portrait-robot, si l’on peut dire, de ces nouveaux Sénégalais ?

Il faut rendre hommage à ce mouvement « Y’en marre », issu des cultures urbaines et du hip-hop, qui s’attache au changement des mentalités, qui s’adresse au chef de l’Etat comme aux jeunes des banlieues, et qui tente de faire évoluer notre société. Il prône le civisme, le respect du bien commun, la responsabilité des droits fondamentaux dans un Etat de droit, etc. Je suis entièrement d’accord avec eux sur ces points, qui ne sont pas des détails et qui peuvent sembler être des évidences. C’est pourtant loin d’être la réalité sénégalaise, alors que nous devrions tendre vers cela. Pour une fois que ce ne sont pas des dirigeants qui assènent ces objectifs… 

La crise de votre voisin malien s’enlise : le nord est toujours aux mains des indépendantistes touaregs du MnlA, des islamistes d’Ansar Eddine et des djihadistes d’Aqmi ; le sud, lui, entre celles du capitaine Sanogo. La perspective d’une intervention militaire, réclamée par le Cedeao, se précise. Etes-vous pour ou contre ?

Je suis évidemment pour. Ce qui se passe au Nord-Mali dépasse le simple cadre national et menace la stabilité régionale. A la situation que vous avez décrite, j’ajouterai le développement de nombreux trafics, dont celui de la drogue, qui ne fait qu’emmêler un peu Plus un écheveau déjà inextricable. L’Union Africaine, avec la Cedeao et le Conseil de sécurité, doit, de toute urgence, voter une résolution d’interposition pour, d’une part, restaurer réellement la légalité républicaine et institutionnelle en sécurisant les autorités de la transition et en leur donnant les moyens de leur mission et, d’autre part, recouvrer l’intégrité territoriale, en reprenant la partie septentrionale du Mali. 

Qans le sud, le maître du jeu semble être le capitaine Sanogo, surtout depuis l’agression dont a été victime le Président de la transition, Dioncouda Traoré. Peut-on réellement discuter avec lui ?

Nous avons discuté avec le capitaine Sanogo, juste après le coup d’Etat. Et grâce à la médiation burkinabé, nous avons pu éviter le pire. Aujourd’hui, des autorités de transition ont été nommées et c’est avec elles qu’il faut discuter. Je condamne d’ailleurs, de la manière la plus ferme, l’agression barbare et sauvage dont a été victime le Président Traoré. La seule solution pour l’armée malienne est de coopérer avec la force d’intervention qui sera mise en place, dont elle doit être le cœur. 

Autre voisin, autre crise, en Guinée Bissau ; comment, selon vous, en est on arrivé là ?

Ce pays vit un véritable drame. Depuis son indépendance, il cumule les échecs, alors que son potentiel est réel. Premier problème : le poids de son armée, pas franchement composée de militaires, disons, « modernes », mais qui tire cependant sa légitimité de la guerre de libération. Deuxième problème : la guerre et les narcos. A cela s’ajoute un véritable parti-Etat. Pris de convulsions politiques, une Constitution qui ne facilite rien puisqu’elle instaure un bicéphalisme de fait à la tête de l’Exécutif et donc des tensions quasi permanentes… 

L’instabilité est chronique. La Cedeao est cependant là aussi intervenue rapidement et a déployé une force d’interposition, les Angolais sont partis. Je viens de recevoir le Président de la transition, Manuel Serifo Nhamadjo. Je lui ai promis que nous ferons tout pour les aider, dans le cadre de la Cedeao. La route est longue. Pour l’instant, il me semble que nous empruntons la bonne voie… 

Le procès de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré, qui vit en exil au Sénégal, confie de plus en plus au serpent de mer. C’est peu dire que votre prédécesseur a peu fait pour qu’il réponde enfin de ses actes devant la justice. Vous avez décidé de créer un groupe de travail chargé d’étudier les modalités de son procès. Certains, notamment parmi les familles des victimes, craignent que l’on perde encore un temps précieux et que, finalement, il ne soit jamais jugé…

Je viens seulement d’arriver, il est donc normal que je me penche d’abord sur ce dossier sensible et tente de comprendre pourquoi nous en sommes encore là. Ce comité est justement chargé de faire toute la lumière sur cette affaire et d’étudier les contraintes qui se posent à nous, sachez que j’exclus d’office son extradition vers la Belgique, qui le réclame. Il n’y a aucune raison valable de ne pas le juger en Afrique, et je me rappelle d’ailleurs que c’est l’Union Africaine qui a donné mandat au Sénégal d’organiser ce procès. Habré sera jugé ici. 

Sitôt arrivé à la présidence, vous avez déclaré vouloir redorer le blason de la politique étrangère du Sénégal. Qu’entendez-vous par là ?

En diplomatie, il faut déjà commencer par une bonne gestion de son voisinage immédiat. Le Sénégal est entouré de pays qui traversent des crises importantes, et nous devons restaurer la confiance avec ces voisins. Idem avec la Mauritanie, un pays important pour nous, où je me rendrai sitôt les législatives terminées, pour rencontrer le Président Abdel Aziz. La Gambie, elle, se trouve au sein de notre territoire. Elle partage en grande partie la même langue, les mêmes ethnies, et a une influence naturelle sur la Casamance. C’est, en partie, pour ces raisons que j’y ai effectué ma première visite officielle. Pour l’instant, même si je suis le petit dernier au sein du club des Présidents en exercice, je m’entends bien avec chacun des chefs d’Etat de la région… 

Au contraire de votre prédécesseur Abdoulaye Wade…

(Rires). Franchement, je ne veux pas parler de mon prédécesseur, et ce qui se passait avant ne m’intéresse pas. Ce qui m’importe, c’est le présent, donc les relations que j’entretiendrai avec mes voisins. Nous sommes tous dépendants les uns des autres. Autant que cela se passe bien, dans l’intérêt de tous. 

Vous allez participer, à la mi-juillet, à votre premier sommet de l’union Africaine. le duel pour la présidence de la Commission entre le Gabonais jean Ping et le Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma a largement perturbé sache ce qui pourrait advenir à Addis-Abeba. Quelle est votre position ?

La Cedeao s’est déjà exprimée : nous soutenons Jean Ping. Maintenant, cette position doit être clarifiée lors du prochain sommet de l’institution régionale, à Yamoussoukro, les 28 et 29 juin prochains. Il n’y a aucune raison que notre position évolue, mais vous comprenez que j’attendrai l’issue de cette réunion pour me prononcer définitivement et officiellement. Les uns et les autres, nous ont approchés. L’essentiel, c’est que l’UA ne soit plus paralysée. 

Le nouveau chef de l’Etat français, François Hollande, a été élu peu de temps après vous. Les similitudes entre vous sont nombreuses : vous n’étiez pas particulièrement attendus il y a un an de cela, les attentes de vos populations respectives sont très fortes, vous êtes discrets et revendiquez votre « normalité »… Qu’attendez-vous de lui ?

M. Hollande a son style et son caractère. Je regrette que certains confondent humilité avec faiblesse. Il est, je crois, surtout efficace. Son arrivée au pouvoir survient dans un contexte particulier, marqué par deux coups d’Etat sur le continent, au Mali et en Guinée-Bissau, et par l’émergence d’un terrorisme international que nous peinons à endiguer. La zone sahélienne s’est muée en « Africanistan ». Nous avons échangé, à deux reprises depuis son élection, sur les relations bilatérales et sur les risques auxquels est confrontée notre région. Sa démarche est empreinte de respect et l’esprit est nouveau : un véritable partenaire dans lequel chaque partie se retrouve. 

Quelle est votre principale fierté dans votre vie ?

D’avoir su écouter et appliquer l’éducation que mes parents m’ont prodiguée : respecter les autres, ne jamais être envieux, faire preuve d’abnégation, fournir les efforts nécessaires à la réalisation de ses objectifs. Mais j’ajouterai désormais : avoir su ne compter que sur ma personne. Ni papa, ni maman, ni même, et je dirais surtout, sur un quelconque mentor. Ce qui signifie : croire en sa légende personnelle, comme l’a écrit Paulo Coelho dans l’Alchimiste, un ouvrage qui m’a beaucoup marqué. Je sais que le destin joue évidemment dans tout ce qui est arrivé, mais j’ai fait ma part du « job », comme on dit : croire en moi et en mes convictions. Et je vous assure que cela n’a jamais été une évidence… 

Et votre principal regret ?

Avoir perdu mes parents. Ils n’ont pu être à mes côtés lorsque j’ai accédé à la présidence. On ne peut pas tout avoir dans la vie… 

Quel est le personnage historique qui vous a le plus marqué ?

Cela va vous paraître curieux pour un libéral, mais je dirai Mao Zedong. Le monde rural est fondamental, il le sera encore plus demain. Mao l’avait compris. Son abnégation, son engagement et sa persévérance m’ont profondément marqué. Sur un autre plan, le général de Gaulle est une autre référence pour moi. Il a fait un choix difficile, celui d’oser la bataille pour la libération de la France, quand tant d’autres de ses collègues de l’état-major français ont capitulé. Un acte héroïque qui aurait pu rester sans lendemain. Mais il a obtenu ce qu’il recherchait, sans jamais cesser d’y croire, alors que les circonstances étaient pour le moins défavorables. 

Le pouvoir corrompt, dit l’adage. En êtes-vous conscient et comment comptez-vous l’éviter,

J’en suis pleinement conscient, dire le contraire serait naïf. J’ai déjà exercé le pouvoir, à des échelons inférieurs certes, et j’ai déjà été confronté aux sirènes de l’argent facile. Mon éducation fait que je suis relativement insensible aux fastes et aux lambris dorés. Mon ego n’a jamais été surdimensionné et, jusqu’à présent, j’ai toujours gardé les pieds sur terre. Je ferai tout pour rester le même homme et j’espère de tout cœur que mon environnement, familial, amical ou professionnel, m’y aidera… 

JEUNE AFRIQUE

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