Bakel : l’inquiétude grandissante des agriculteurs

Bakel : l’inquiétude grandissante des agriculteurs

Sortis d’un hivernage catastrophique, sans récoltes ni fourrages, avec l’absence de semences et intrants et les lenteurs dans l’application des réformes proclamées par le nouveau pouvoir, les agriculteurs du Département de Bakel ont des insomnies. Ils regardent impassibles l’hivernage venir à grands pas, en effet des traces de pluies ont été enregistrées ces derniers jours à Bakel. Alors que 32mm ont été recueillis à Tambacounda ; mais jusque là rien ne permet d’engager la campagne agricole. M. Seydou Ba, Chef du SDDR reconnait que l’année dernière « il n’y a pas eu de récoltes, aussi bien pour le mil, le sorgho, le maïs que pour les autres cultures, mais Dieu merci, les émigrés ont apporté la riposte nécessaire, de sorte que nous ne pouvons pas dire, à proprement parler, qu’il y a famine dans le département. Et là, nous saluons la solidarité agissante des fils du terroir vivant à l’étranger ».

Mais qu’en est-il des 34 milliards promis par le nouveau pouvoir aux agriculteurs pour prendre en charge, à la fois semences, engrais, équipements agricoles et vivres de soudure, pour atténuer les affres d’un hivernage peu pluvieux, et mieux préparer la présente campagne hivernale ? Pour le chef du service départemental du développement Rural de Bakel, M. Seydou Ba, « cet appui est en train de faire son bonhomme de chemin. La DRDR est saisie des conclusions des concertations de haut niveau entre l’Etat, ses démembrements qui sont dans le dispositif et ses partenaires comme le PAM, la FAO. C’est ainsi qu’au niveau départemental, par rapport à la prévision de l’allocation, un plan de répartition est fait, en termes de semences, d’engrais, de matériels agricoles et maintenant je pense que d’ici la fin du mois, tout ce qui est prévu sera mis à disposition ». Mais, dira M. Abdy Camara, agriculteur de Bakel, si jusqu’à ce jour, où chaque soir le ciel profère ses menaces pluvieuses, on ne voit rien provenant de l’Etat, nous, on commence à regarder ailleurs pour ne pas laisser filer sous nos barbes cet hivernage que nous attendons avec espoir et qui, peut-être, corrigera positivement le déficit pluviométrique de notre saison passée ».

Du côté des agriculteurs de la Montagne de Bakel, la préoccupation, c’est d’abord de rembourser les financements obtenus par prêt de la dernière campagne au périmètre de Kolangal noyé par les inondations. C’est dommage, se désole M. Ba, « parce que la Saed avait réalisé d’importants aménagements dont celui du Kolangal de Falo Boula de Bakel, mis à la disposition des agriculteurs. Mais là où on en attendait une importante production, c’est inondé… ». En tout cas la menace est bien sérieuse, les paysans ont intérêt à rembourser rapidement pour être à l’abri de poursuites mais aussi pour pouvoir prétendre à un nouveau financement afin d’engager la présente campagne. Pour M. T. Camara, un autre agriculteur, « la dernière saison a été l’une des plus catastrophique, les pluies ont été déficitaires, il n’y a pas eu de crues pour les cultures alluvionnaires sur les berges du fleuve et la campagne rizicole hivernale, engagée sur prêt, n’a pas eu de récoltes à cause des inondations. Par conséquent, on doit aussi se taper la dure épreuve des soudures, le remboursement des crédits de campagne, mais aussi l’organisation de la présente campagne agricole. Sans l’appui de l’Etat que nous attendons avec pessimisme, je ne suis pas sûr que nous nous en sortions… » Dans le même temps, les organisations des producteurs, les services techniques et les structures d’encadrement et d’appui-conseils, restent de marbre et s’emmurent dans un silence incompréhensible.

Devant le désarroi des producteurs laissés à eux-mêmes, un des responsables des producteurs du département nous signale que « UPHORBAK, cette organisation départementale des producteurs de Bakel, héritière d’Hortibak, a un réel besoin d’organisation et de formation, là où le tout nouveau Programme Yaajeende/Usaid, qui cherche toujours ses marques, soutient timidement les producteurs d’un appui qui n’influe pas encore sur les productions ». Pour M. Ba, « la Saed a réalisé d’importants nouveaux aménagement », même si certains responsables contactés n’ont pas voulu donner la moindre information sur ce qu’elle prévoit et qui entre en droite ligne dans la présente campagne agricole. « Pour le GRDR, présent dans le département depuis plusieurs décennies, les producteurs se demandent toujours ce que fait réellement cette structure qui puisse impacter positivement les productions agricoles », conclut notre source. Le Chef du service Départemental du Développement Rural qui comprend les craintes et préoccupations des agriculteurs, soutient que la situation n’est pas aussi grave que ça, en tout cas pas désespérée « et que la campagne agricole sera engagée dans d’excellentes conditions et à temps ». Il n’exclut même pas que « dans un avenir proche, le département de Bakel sera un grand pôle économique à partir de l’agriculture. Déjà, beaucoup d’agriculteurs sont dans la diversification et le maraîchage.

Pour renforcer la production agricole du département, il faut renforcer les producteurs par la formation, réaliser les pistes de productions, identifier et organiser les marchés ». Il faut aussi des équipements agricoles et des services financiers. En attendant, abandonnés à eux-mêmes, les autres agriculteurs du département de Bakel, des deux Goye, du Ferlo, du Boundou et du Logo qui sélectionnaient leurs semences à partir de leurs propres récoltes pour la campagne agricole suivante, attendent encore aujourd’hui l’hivernage dans un désarroi indescriptible. Et ils se rongent les ongles pour s’assurer au moins un repas quotidien, une descente aux enfers les attendent s’ils doivent eux-mêmes se procurer semences et intrants.

L'Office

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