OPINION : LE PEUPLE SENEGALAIS CONTRE LA DEVOLUTION MONARCHIQUE

OPINION : LE PEUPLE SENEGALAIS CONTRE LA DEVOLUTION MONARCHIQUE

Au lieu de se retirer, le Président Wade a décidé d’en découdre avec le peuple sénégalais. Un peuple  qui a refusé de suivre dans la rue une opposition divisée, tout en donnant l’impression de suivre Wade dans sa campagne délirante…

Après la confirmation du second tour, que ne fut la surprise de plus d’un observateur  et de Wade lui-même en premier lieu, lui qui prétendait connaître les Sénégalais du bout des doigts  en affichant sans précaution de langage son « futur » score de 53 % au premier tour.

De Gaulle, M. Le Président, a renoncé au pouvoir pour moins qu’une aussi cinglante défaite en 1969…

Indépendamment de ses erreurs passées, en particulier celle du 23 juin qui a fini par mettre définitivement la puce à l’oreille de tous les Sénégalais…  à propos de la dévolution monarchique, Abdoulaye  Wade dans ce bras de fer institutionnel qui l’oppose aux Sénégalais, a commis récemment  quelques autres erreurs graves :

1°) Briguer un troisième mandat, malgré l’article 27 et son âge.

2°) Vouloir empêcher, faute de dauphin crédible au PDS, ses ennemis politiques Tanor et Niass en particulier, d’émerger dans les sept ans à venir afin de les éliminer de la scène politique sénégalaise au profit de son fils…  

Ainsi, surestimant peut-être les moyens matériels dont il dispose,  le Président Wade s’engage dans une voie sans issue.

J’ai déjà récemment signalé, les conséquences risquées de son entêtement pour lui et pour le pays. Donc jusqu’au bout du processus actuel, les Sénégalais ne doivent dormir que d’un œil. Attention aux  dédires et délires de cet animal politique blessé dans son égo démesuré qui n’a plus rien à perdre.

Wade n’est pas à l’abri de nouvelles « erreurs » volontaires ou non, à commencer par la falsification possible des résultats du second tour.

En tout cas, un second tour Wade-Macky aurait pu être évité si Beno Siggil Sénégal  n’avait pas cédé à la division. Cela aurait peut-être permis à Tanor ou Niass de se retrouver face à Wade. Mais inutile de revenir en arrière. Les deux frères ennemis se sont neutralisés dans le scénario imposé par Wade.

Cependant, même si Wade n’a plus aucun intérêt  à se retirer, il est préférable pour lui de laisser la place à Macky plutôt qu’à Tanor…  ou à Niass.  Sur ce point précis, il aura réussi à mener les Sénégalais aux élections tout en laminant la contestation dans la rue  et en maintenant sa candidature jugée anticonstitutionnelle selon le M 23 et une partie de l’opinion.  Avait-t-il réalisé un tel forcing pour préserver une sortie moins dangereuse pour lui et les siens ?

En tout cas, les Sénégalais ont implicitement choisi le moindre mal : aller aux urnes avec une candidature entachée d’illégalité plutôt que de faire basculer leur pays dans le chaos. Maintenant, ils savent tous qu’il convient d’aller jusqu’au bout du processus en éliminant Wade par la voie des urnes.

Pour cela, les opposants sont poussés dans leurs derniers retranchements et doivent se débarrasser de tout orgueil et de tout amour-propre en songeant aux intérêts supérieurs du peuple sénégalais. Sinon, en continuant à se déchirer ou à être tentés de s’allier avec Wade, ils prendront le risque historique de contribuer à piétiner les institutions du pays.

Le verdict sans appel du premier tour montre bien que les Sénégalais veulent  éviter la dévolution monarchique du pouvoir de Wade. Les électeurs ont rafraichi la mémoire du vieux Président sortant qui semble avoir oublié comment il a été hissé au pouvoir le 19 mars 2000.

Le renforcement de la démocratie sénégalaise passe désormais  par le vote Macky ou par le «  tout sauf Wade », les deux se superposant désormais contextuellement. Le Président sortant est devenu dans la mémoire collective, l’homme qui incarne le non respect de sa propre parole et de la constitution. Mais si Macky veut que son éventuelle accession à la magistrature suprême ne soit pas qu’une brève parenthèse historique, il a tout intérêt à s’imprégner dès aujourd’hui de ce que veulent les Sénégalais à savoir :

1°) Le renforcement de leurs institutions afin les mettre à l’abri des futures falsifications et autres interprétations fallacieuses et « personnelles »… A ce propos, il vient de déclarer qu’il réduira, s’il est élu, le mandat présidentiel  de sept à cinq ans renouvelable une fois… Mais il ne parle pas de rétroactivité de l’article 27, c’est-à-dire de l’appliquer à son premier mandat… Il existe toujours un « risque à la Wade », de modifier la durée et le nombre à chaque début de mandat… en jouant avec les chiffres pour ensuite jouer les prolongations à la Gbagbo.  C’est enfantin !

LA DUREE ET LE NOMBRE DE MANDATS DU PRESIDENT DOIVENT INCLURE LE MANDAT EN COURS DU PRESIDENT QUI AURA MODIFIE LA CONSTITUTION PAR REFERENDUM.

 Macky Sall indique par ailleurs qu’il veut changer le mode de nomination des magistrats de la Cour constitutionnelle sans insister sur l’idée de leur indépendance réelle et par ricochet, de celle de tous les juges du pays par rapport au pouvoir exécutif en particulier aux pressions du président…

2°) Les Sénégalais attendent du nouveau président qu’il fasse faire un pas qualitatif décisif à la démocratie dans le domaine la gestion des maigres ressources économiques du pays. Il ne devra plus jamais être question de « reprendre les mêmes pour refaire la même chose ».  On ne laissera plus les « criminels économiques » dilapider les fonds publics et aller digérer tranquillement leurs butins hors du pays, voire même de façon arrogante à l’intérieur. C’est cela aussi le renforcement des bases de notre démocratie.

La politique au Sénégal doit immédiatement cesser d’être le plus court chemin de l’enrichissement personnel « légal »  par le vol impuni. Par ailleurs toutes les morts sous le règne de Wade et des régimes à venir doivent être éclaircies par une justice enfin indépendante.

En d’autres termes, les fins de règnes ne doivent plus être de grands festins d’adieu pour ceux qui ont sucé le sang des Sénégalais et des Sénégalaises. Le « Gorgolu » en a assez.

En cas de victoire de Macky,  les Sénégalais, sans tomber dans une chasse aveugle aux sorcières, doivent exiger un audit détaillé au plan économique et au plan judiciaire. 

Enfin, en gardant leur dignité malgré les milliards « de Wade » distribués à la volée,  les Sénégalais lui ont clairement signifié que c’est à eux de décider de leur avenir… Ils ne veulent pas de monarchie.

Puisque Wade s’est déclamé démocrate à la fin du premier tour à la face du monde, malgré ses actes, il n’a qu’à le rester jusqu’au bout en allant se battre contre la volonté du peuple sénégalais le 18 mars, mais à la loyale… S’il l’emporte, il pourra comme il le souhaite intimement, asseoir le premier régime de « dictature-monarchique-démocratique » du monde.  

 

Pr. Yaya SY, Anthropologue.

 

 

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