Abdoulaye Latif Coulibaly : «Je ne vois pas Wade à la tête du Sénégal après 2012»

Abdoulaye Latif Coulibaly : «Je ne vois pas Wade à la tête du Sénégal après 2012»

Présent à Ouagadougou dans le cadre du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (Filep), Abdoul Latif Coulibaly, journaliste sénégalais, directeur de publication de l’hebdomadaire «La Gazette», directeur de l’Institut supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication, basé au Sénégal, fait le tour de l’actualité africaine dans cet entretien qu’il nous a accordé, ce vendredi 25 novembre 2011. Liberté de la presse au Sénégal, candidature du président Abdoulaye Wade à l’élection de 2012, la révolution dans le monde arabe et la crise en Libye. Tels sont, entre autres sujets, ceux abordés par Fasozine.com, avec celui qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier est «Contes et mécomptes de l’ANOCI» publié en 2009.

 Fasozine.com: Quel est l’état de la liberté de la presse au Sénégal ?

Abdoul Latif Coulibaly: La presse est libre au Sénégal. C’est justement la raison pour laquelle le président Wade a tenté de détruire cette liberté par plusieurs manœuvres. Mais il s’est rendu compte que ce n’était pas possible et cherche peut-être à collaborer avec la presse.  

Abdoulaye Wade compte se présenter à l’élection présidentielle de 2012. Quel commentaire cette troisième candidature vous inspire-t-elle ?

Le président Wade a le droit de se présenter à l’élection présidentielle en tant que citoyen sénégalais. Et je constate qu’il entend déposer sa candidature. Mais j’attends que le Conseil constitutionnel dise à Wade qu’il ne peut plus se présenter. C’est mon souhait. Mais je ne suis pas sûr que les juges du Conseil constitutionnel auront ce courage là. Et si le Conseil constitutionnel ne rejette pas sa candidature, je souhaite que le peuple sénégalais décide simplement de lui barrer la voie par un vote-sanction.

 Que reprochez-vous au président Wade et à son clan ?

Ma responsabilité de journaliste est d’analyser ce qu’Abdoulaye Wade fait en fonction de sa position de chef d’Etat et aussi de l’intérêt du peuple sénégalais. Dans tous les cas où j’ai parlé de Wade, c’était sur la base des faits, suite à de l’investigation. Dans un des articles que j’ai rédigés était en rapport avec le positionnement de Wade au sein de l’Etat. J’ai considéré qu’il était toujours opposant même à la tête de l’Etat. J’ai également eu à révéler aux Sénégalais qu’il avait fait la révision de son avion à 32 milliards de francs CFA alors qu’il avait dit qu’aucun sou du trésor public sénégalais n’avait servi à la réfection de cet appareil. Ce sont là des faits. Je l’ai critiqué pour avoir menti au peuple sénégalais et pour avoir utilisé l’argent en dehors des règles de procédure prévues par la loi selon lesquelles seul le parlement devait autoriser ces genres de dépense. Dans un des ouvrages que j’ai écrits, «Sénégal Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande», j’ai révélé aux Sénégalais que Wade avait indemnisé la famille de  Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel, qui avait été assassiné. Après il a sorti les coupables de l’assassinat de prison et avait donné à chacun d’eux près de 30 millions de francs CFA. Mon tout dernier livre, «Contes et mécomptes de l’ANOCI», a été consacré à la gestion de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique par Karim Wade, le fils du président.  Mon travail a été de le critiquer pour le fait qu’il n’ait pas respecté les règles et les Sénégalais.

 Vous arrive-t-il d’avoir peur pour votre vie au Sénégal ?

Je n’ai jamais raisonné en termes d’avoir peur ou pas. J’ai des responsabilités et je les assume totalement. Le pilote risque sa vie en prenant l’avion. Il le sait mais il fait quand même son métier. Vous ne pouvez pas assumer des responsabilités dans la vie sans encourir des risques. Il faut seulement être prudent car si vous êtes découragé par les risques, vous ne ferez rien dans la vie. Même les chefs d’Etat ont pris des risques pour être à là où ils sont actuellement. Le risque ne doit donc pas conduire à renoncer aux devoirs et aux responsabilités. Donc je n’ai jamais peur. Par contre je suis prudent.

 La principale coalition de l’opposition sénégalaise, Benno Siggil Sénégal, éprouve toujours des difficultés à se trouver un candidat unique qui affrontera le président Wade…

Il y a différents pôles dans l’opposition sénégalaise. L’un de ces pôles s’est complètement détaché de l’équipe dirigeante actuelle. L’opposition traditionnelle, socialiste, constitue le deuxième pôle. Elle a moins de chance de gagner. Mais je ne vois pas Abdoulaye Wade continuer à la tête de l’Etat sénégalais. Si les élections se déroulent normalement, il ne sera pas réélu. Mais peut-être qu’il ne se présentera pas à la présidentielle.

 Le monde arabe vit depuis quelques mois des révoltes populaires qui ont entrainé la chute de certains chefs d’Etats qui étaient considérés comme des indéboulonnables…

Dans tous les pays où les peuples sont privés de liberté, ils finissent par se révolter. Ce qui s’est passé en Union soviétique, en Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie, en Pologne dans les années 1980, vient simplement de se produire dans les pays arabes. Il faut que nos dirigeants comprennent à un moment donné qu’ils doivent céder le pouvoir. Il y en a qui ne le comprennent jamais et vont jusqu’à la mort. C’est le cas de Mouammar Kadhafi. C’est certainement le cas de Bachad Al-Assad de la Syrie. Toutes ces révoltes sont l’expression du besoin de liberté pour les peuples. Les libyens n’étaient pas un peuple sans argent, sans ressources. Kadhafi a, au contraire, fait beaucoup de choses au plan économique pour son peuple. Il avait rendu l’eau et l’électricité disponibles sur toute l’étendue du pays. Les libyens avaient un train de vie très élevé. Mais Kadhafi avait oublié la liberté qui est l’essence même de la vie.

 L’occident était militairement présent en Libye. Pensez-vous qu’il faille utiliser les mêmes méthodes pour les chefs d’Etat qui ne voudront pas quitter le pouvoir ?

J’ai été horrifié et choqué par l’assassinat du guide libyen. Il est inacceptable que les Occidentaux aient poussé si loin le bouchon jusqu’à organiser ou encourager l’assassinat de Kadhafi. Cette situation m’a révolté. J’ai été encore plus révolté, plus choqué de voir que Kadhafi, guide libyen, puisse prendre des chars et des avions de guerre pour bombarder la population libyenne. Cela me fait dire que je n’ai aucun problème par rapport à l’intervention armée qui a bouté hors de la Libye le guide et les siens. 

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