[ DOSSIER ] Bakel: Les misères d’un département complètement oublié

[ DOSSIER ] Bakel: Les misères d’un département complètement oublié

Le département de Bakel a tout d’un patelin oublié. Le détour d’une visite effectuée dans cette localité nous a permis de constater que rien n’a été fait pour aspirer à un quelconque développement de ce patelin naguère réputé pour ses riches potentiels en désuétude. A cela s’ajoutent, les problèmes qui ont pour noms : enclavement de la localité, manque d’infrastructures routières, sanitaires, scolaires, sportives, salles de spectacle entre autres… . De ce sombre diagnostic, il en est ressorti qu’il reste beaucoup d’efforts à faire dans cette partie du Sénégal oriental qui se trouve être le grenier du Sénégal pour prétendre à un quelconque développement de ce département.

Limité par la région de Saint-Louis au Nord, le Mali et la Mauritanie à l’Est, le département de Tambacounda à l’Ouest et le département de Kédougou au Sud, le département de Bakel qui compte compte 202 653 habitants, si l’on fie aux derniers recensements, a été créé comme poste militaire en 1818 par le capitaine de FREGATE, avec comme mission, l’établissement d’une escale pour assurer le commerce de traite. Bakel et son département sont les produits d’une longue histoire vieille de plusieurs siècles. Ayant d’abord appartenu au célèbre empire du Ghana, Bakel fût ensuite envahi et occupé pendant quelques temps par les Malinkés dans leur progression vers le Sud-est en direction de la Casamance. Lorsque ceux-ci reprirent leur migration, la ville fut abandonnée jusqu’au jour oû des Soninkés et des Bambaras l’occupèrent de nouveau. Est-ce de cette époque que date le penchant atavique des populations de Bakel pour l’émigration ? Toujours est-il que qu’à partir de 1620, toute la zone de Bakel tomba sous l’indépendance du pouvoir militaro-religieux des Almamy du Boundou, appartenant à l’ethnie Toucouleur (dénommée aujourd’hui pulaar) dont l’autorité s’étendait jusqu’en Mauritanie et au Mali. Mais Bakel passa aux mains des colonisateurs français en 1819, qui y installèrent une garnison après avoir signé un traité de paix avec le seigneur local. Les multiples collines qui font l’originalité physique de Bakel furent vite utilisées par les militaires français pour édifier des places fortes, dans leur politique coloniale d’organisation et de protection du commerce fluvial. Ainsi, fut construit en 1847 le célèbre fort Faidherbe, équipé de canonnière.

 

UN POTENTIEL ECONOMIQUE ENORME NON EXPLOITE

Bakel recèle un potentiel économique énorme non exploité. Du fleuve Sénégal et sa vallée, les multiples marres et marigots facilement aménageables en point d’eau pérennes, les terres cotonnières du Boundou, les mines de fer de la Falémé en passant par le marbre et le chromite de Gabou, un paysage varié qui offre bien des attraits touristiques. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ce département est devenu une terre d’émigration pour les Baol-baol et Cadior-Cadior que les populations ont le plaisir et le bonheur de les accueillir par milliers parmi elles. A cela s’ajoute ces riches monuments en désuétude.

 

FORT DE  RENE CAILLE : UN PATRIMOINE HISTORIQUE EN DESUETUDE

Le simple visiteur qui s’aventurerait à mettre les pieds pour une quelconque découverte de ce qui faisait la fierté des populations de Bakel est tout simplement déçu et choqué du riche patrimoine historique de Bakel aujourd’hui en désuétude. La visite effectuée sur les lieux nous a permis de constater des murs délabrés, portes et fenêtres enlevées permettant au soleil de darder ses rayons de feu sur un sol jonché d’ordures : le pavillon « René Caillé » percé sur les auteurs de la ville de Bakel est assurément dans un état de décrépitude avancée et demande à être réhabilité. Seul l’ancien fort de Faidherbe qui abrite aujourd’hui la préfecture avec ses canons pointés vers le fleuve et la vieille ville, présente un visage accueillant mais son sort inquiète. Selon l’enseignant Aliou Sall, « le fort qui a servi de cadre à une des plus belles pages de la résistance nationale face au colonisateur (Ndlr : le marabout Mamadou Lamine Dramé en fit le siège en 1886) risque simplement de s’écrouler si rien n’est fait. Ce serait vraiment dommage car c’est l’un des plus beaux sites historiques du pays. Toutefois, pour que la ville ne se trouve pas privée de ses « joyaux architecturaux », les populations s’étaient mêmes données comme mission de « tout faire » pour sauver les sites mais rien. Les populations lancent un SOS : « il faut nous aider à sauver notre patrimoine. Les sites peuvent beaucoup rapporter à la commune dans le cadre d’une politique touristique ».  En collaboration avec l’amicale des moniteurs de collectivités éducatives, l’ancienne équipe municipale avait pris quelques initiatives, en transformant notamment le pavillon René Caillé en un centre de lecture et d’animation culturelle. Faute de lecteurs, l’expérience a tourné court et la bibliothèque a fermé ses portes, raconte l’ancien Aliou Sall qui souligne que c’est l’explorateur René Caillé dont ce patrimoine porte le nom, est le premier blanc à entrer et sortir, le 20 avril 1828. Cependant, il convient de signaler que les visiteurs ne visiteront pas le Fort Télégraphe qui, lui a disparu. Ses plans seraient toujours conservés au consulat général de France. Les populations souhaiteraient qu’il soit reconstruit pour compléter ainsi les patrimoines culturels Français légués à la ville.

Autre curiosité historique de Bakel en souffrance et qui troue la quiétude du ciel tranquille de la ville, c’est celle des tours crénelles situés au sud de la ville et qui attendent toujours d’être reluquées. Dans le passé, c’est de là que qu’on surveillait les évolutions de l’étranger s’approchant de Bakel, une ville frontalière de la Mauritanie et du Mali. Aujourd’hui, en lieu et place des milices de surveillance, ce sont des…singes qui escaladent les tours pour aller s’abreuver au fleuve tout proche, raconte Abdoul Aziz Tandia. Non loin de là précisément au bas de l’une d’elles, se trouve le cimetière au visage hideux oû reposent sous les tombes blanches piquées de croix noirs, des jeunes gens  qui pas plus que les Bakélois, ne sauront jamais pourquoi, ils sont venus mourir si loin de chez eux. Le simple visiteur verra en ruines, des bâtiments d’anciennes maisons commerciales, éléments de l’autre composante du binôme de la conquête coloniale : (Maurel et Prom), (Deves et Chaumet ect…). C’est dire que les populations sont déçues, choquées et ne savent plus quel saint se fier car elles espéraient beaucoup une nouvelle tournure avec l’arrivée de l’alternance dont les tenants avaient eu à convaincre tout le monde, en dévoilant leurs programmes qu’ils mettraient en œuvre si jamais ils occupaient les devants de la scène. Ceci a été fait depuis le 19 mars 2000 mais jusqu’ici, ils n’ont rien vu. Et pourtant, Bakel devrait contribuer de la manière la plus diligente à la collecte de la production d’un département aux potentialités considérables, à l’acheminement des biens de consommation et des facteurs de production, au brassage culturel, facteur important s’il en est en raison des richesses culturelles que renferme ce département. S’y ajoute la position géographique du département qui en fait un carrefour de rencontre et d’échange culturelle grâce son multi ethnique. Les journées culturelles de Bakel que nous avons perdues de vue en étaient une parfaite illustration

 

Un plan d’urgence dans tous les domaines

« Ce département a, en tout cas besoin d’un plan d’urgence dans les domaines de l’économie, la sécurité, le social ou encore la culture », déclare Aliou Sall. Bakel voulant sortir de la pauvreté et de la léthargie, les autorités n’auront pas droit à s’attarder aux projets d’études à long ou moyen terme. En tout cas, il faudra agir et vite agir car le département doit être sauvé de par ses potentialités. Cette ville se doit de vite de rattraper son retard et d’être au diapason du reste du pays. Le Département est au cœur du bassin d’émigration de la vallée du fleuve, au centre du triangle formé par les villes et régions de Tambacounda, Kayes (Mali) et Sélibabi (Mauritanie). Avec le déclin économique de l’arachide au cours de la première moitié du 20ème siècle, cette émigration est devenue plus durable, avec des emplois fixes ou des activités de commerce dans les villes, vers d’autres pays d’Afrique et la France pour ceux qui seront alors employés dans la navigation maritime.

Selon les statistiques officielles françaises, les transferts financiers des émigrés sénégalais séjournant en France représentent la moitié de l’aide publique bilatérale apportée par la France. Ces transferts, individuels et collectifs, ont quatre destinations principales : la consommation familiale, alimentaires et biens de consommation ; les investissements personnels des émigrés dans la perspective de leur retour (maison en ciment au village, bien de consommation, investissements à but lucratif tels que maison à Dakar, véhicule, fonds de commerce,…) ; la thésaurisation, principalement sous forme de bétail ; les investissements collectifs, d’abord pour des infrastructures culturelles (mosquées) puis sociales (écoles, dispensaires, puits, magasins de consommation, moulins,) et parfois productifs (agriculture principalement).  Dans le domaine de l’éducation, les différents niveaux d’enseignement sont présents dans la commune mais les locaux sont insuffisants et le cadre inapproprié pour permettre de dispenser un enseignement de qualité.

Les principales contraintes de l’éducation et de la formation dans la commune sont : l’effectif pléthorique dans les  classes ; l’insuffisance des infrastructures (salles de classe,  bloc sanitaire,  bibliothèque, terrains de sport) ; l’absence de centre d’initiation à l’informatique pour les élèves ; le manque sécurisation de l’espace scolaire avec la défectuosité ou l’absence de clôture. Sur le plan sanitaire, la ville comprend un Centre de santé, un poste de santé urbain et 2  infirmeries de garnison situées au camp militaire et à la compagnie de gendarmerie.

Le Centre de santé a une capacité de 52 lits dont 40 sont installés mais les locaux sont insuffisants par rapport à la forte demande des populations. En effet il polarise de très gros villages et même des maliens et mauritaniens qui n’hésitent pas à traverser la frontière pour venir se faire consulter. Les locaux sont aujourd’hui vétustes avec une architecture et une organisation spatiale ne répondant pas aux normes d’hygiènes et de sécurité, les équipements et logistiques sont insuffisants et obsolètes. Les autres contraintes auxquelles son confrontés le centre hospitalier sont :

– l’insuffisance du personnel qualifié et de spécialiste (Radiologue,  pédiatre, gynécologue),

Au niveau des sports et des loisirs, Bakel connaît un déficit en infrastructures. Elles se résument à : un terrain municipal, un stade normé, un complexe omnisports, un dojo

On note un nombre important d’associations de jeunes regroupées en ASC qui ne sont fonctionnelles que pendant les vacances scolaires. La ville compte une équipe municipale de football de division régionale. Le CDEPS est la seule structure d’encadrement des jeunes. Il souffre de moyens humains et matériels  pour  orienter les jeunes dans les activités économiques. Les principales contraintes de ce secteur sont : la non fonctionnalité des stades, le manque de moyen et d’équipement des ASC, défaut de fonctionnement des districts, manque d’équipement des dojos, l’insuffisance du personnel d’encadrement, déficit de techniciens au sein des ASC,  absence de locaux pour le personnel d’encadrement. Bakel ne dispose pas de voie bitumée excepté la pénétrante qui la relie à la RN 2 sur 5km.

Les tronçons non revêtus sont composés de ruelles le long desquelles se trouvent des dépôts incontrôlés. A cela s’ajoute des comportements abusifs (stockage de matériels, de marchandises, rejets de gros déchets, rehaussement grandissant de la chaussée, avec du sable ou des gravats de chaque côté de la route qui empêche l’évacuation normale des eaux. Ainsi, cette situation rend difficile la circulation des véhicules, motos et même la mobilité des populations. Pour faciliter la circulation au niveau du quartier Montagne, dans le cadre de la coopération décentralisée, de belles initiatives ont été faites avec la cimentation des ruelles.

La gare routière constitue le seul pôle de transport. Le parc de transport interurbain très faible, est constitué de taxis brousse et de bus assurant les directions Bakel-Tamba, Bakel-Kidira, Bakel-Dakar, Bakel-Tambacounda. Quelques taxis en mauvais état assurent le transport urbain entre la gare routière, le centre ville et le centre de santé communément appelé hôpital. Le transport lourd de marchandise est limité à quelques camions qui assurent l’approvisionnement à partir de Dakar. Le transport fluvial est assuré par des pirogues motorisées qui effectuent quotidiennement la traversée du fleuve qui sépare la ville de Bakel et Goureye sur l’autre rive et la liaison entre Bakel et les villages installés le long du fleuve. Ce  mode de transport est plus utilisé en cette période hivernale à cause des routes dégradées.

Au plan des contraintes, on note : l’insuffisance de la voirie urbaine ; la dégradation des voies existantes faute d’entretien ; le stationnement anarchique ; le mauvais aménagement du débarcadère. En plus de son rôle de centre administratif, Bakel est aussi le centre économique d’une vaste zone géographique. En effet la vallée constitue une zone privilégiée pour les aménagements hydro agricoles. Dans la commune de Bakel, plus de la moitié de la population active s’adonne aux activités traditionnelles ; ce qui confère à la ville un caractère rural urbain. L’agriculture et l’élevage demeurent ainsi les principales activités économiques de la commune ; dans chaque quartier plus du tiers des habitants pratiquent l’agriculture. Celle-ci a connu un essor avec l’aménagement des terres de la vallée du fleuve par la SAED. Les produits cultivés sont le mil, le maïs, les produits maraîchers et un peu d’arachide. Les principaux facteurs qui font obstacle au développement de l’agriculture dans la commune sont : – l’accès difficile à la terre pour les femmes, – la faiblesse du niveau d’équipement agricole et l’état obsolète du matériel  agricole, – la difficulté d’accès au crédit, – le problème de commercialisation des produits agricoles du fait de son éloignement des grands centres urbains, – la forte divagation des animaux surtout au niveau des exploitations des femmes qui ne sont toujours pas clôturées, – l’état défectueux des routes entre Bakel et les villages polarisés pose des problèmes  d’écoulement des produits, – la difficulté de conservation et de transformations des produits. L’insécurité gagne de plus en plus du terrain surtout dans les zones aurifères. Récemment les domiciles de deux magistrats et des enseignants, la boutique d’un commerçant, le service de l’élevage ont été visités par des malfrats. Sans compter la drogue en provenance du Mali voisin. Il ne se passe pas une semaine sans que les pandores ne démantèlent pas un réseau de trafic de drogue. Le chômage des jeunes demeure la quadrature du cercle de l’emploi dans le département. La plus part des jeunes s’adonnent à l’alcool. Voilà autant de problèmes que les autorités doivent prendre à bras le corps tant les populations continuent à crier leur ras le bol et  fustigent l’attitude du gouvernement. Vraiment, il y’a tous ces ingrédients pour dire que beaucoup d’efforts restent à faire dans ce département trônant au faite de ses multiples collines.

Limité par la région de Saint-Louis au Nord, le Mali et la Mauritanie à l’Est, le département de Tambacounda à l’Ouest et le département de Kédougou au Sud, le département de Bakel qui compte compte 202 653 habitants, si l’on fie aux derniers recensements, a été créé comme poste militaire en 1818 par le capitaine de FREGATE, avec comme mission, l’établissement d’une escale pour assurer le commerce de traite. Bakel et son département sont les produits d’une longue histoire vieille de plusieurs siècles. Ayant d’abord appartenu au célèbre empire du Ghana, Bakel fût ensuite envahi et occupé pendant quelques temps par les Malinkés dans leur progression vers le Sud-est en direction de la Casamance. Lorsque ceux-ci reprirent leur migration, la ville fut abandonnée jusqu’au jour oû des Soninkés et des Bambaras l’occupèrent de nouveau. Est-ce de cette époque que date le penchant atavique des populations de Bakel pour l’émigration ? Toujours est-il que qu’à partir de 1620, toute la zone de Bakel tomba sous l’indépendance du pouvoir militaro-religieux des Almamy du Boundou, appartenant à l’ethnie Toucouleur (dénommée aujourd’hui pulaar) dont l’autorité s’étendait jusqu’en Mauritanie et au Mali. Mais Bakel passa aux mains des colonisateurs français en 1819, qui y installèrent une garnison après avoir signé un traité de paix avec le seigneur local. Les multiples collines qui font l’originalité physique de Bakel furent vite utilisées par les militaires français pour édifier des places fortes, dans leur politique coloniale d’organisation et de protection du commerce fluvial. Ainsi, fut construit en 1847 le célèbre fort Faidherbe, équipé de canonnière.

 

UN POTENTIEL ECONOMIQUE ENORME NON EXPLOITE

Bakel recèle un potentiel économique énorme non exploité. Du fleuve Sénégal et sa vallée, les multiples marres et marigots facilement aménageables en point d’eau pérennes, les terres cotonnières du Boundou, les mines de fer de la Falémé en passant par le marbre et le chromite de Gabou, un paysage varié qui offre bien des attraits touristiques. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ce département est devenu une terre d’émigration pour les Baol-baol et Cadior-Cadior que les populations ont le plaisir et le bonheur de les accueillir par milliers parmi elles. A cela s’ajoute ces riches monuments en désuétude.

 

FORT DE  RENE CAILLE : UN PATRIMOINE HISTORIQUE EN DESUETUDE

Le simple visiteur qui s’aventurerait à mettre les pieds pour une quelconque découverte de ce qui faisait la fierté des populations de Bakel est tout simplement déçu et choqué du riche patrimoine historique de Bakel aujourd’hui en désuétude. La visite effectuée sur les lieux nous a permis de constater des murs délabrés, portes et fenêtres enlevées permettant au soleil de darder ses rayons de feu sur un sol jonché d’ordures : le pavillon « René Caillé » percé sur les auteurs de la ville de Bakel est assurément dans un état de décrépitude avancée et demande à être réhabilité. Seul l’ancien fort de Faidherbe qui abrite aujourd’hui la préfecture avec ses canons pointés vers le fleuve et la vieille ville, présente un visage accueillant mais son sort inquiète. Selon l’enseignant Aliou Sall, « le fort qui a servi de cadre à une des plus belles pages de la résistance nationale face au colonisateur (Ndlr : le marabout Mamadou Lamine Dramé en fit le siège en 1886) risque simplement de s’écrouler si rien n’est fait. Ce serait vraiment dommage car c’est l’un des plus beaux sites historiques du pays. Toutefois, pour que la ville ne se trouve pas privée de ses « joyaux architecturaux », les populations s’étaient mêmes données comme mission de « tout faire » pour sauver les sites mais rien. Les populations lancent un SOS : « il faut nous aider à sauver notre patrimoine. Les sites peuvent beaucoup rapporter à la commune dans le cadre d’une politique touristique ».  En collaboration avec l’amicale des moniteurs de collectivités éducatives, l’ancienne équipe municipale avait pris quelques initiatives, en transformant notamment le pavillon René Caillé en un centre de lecture et d’animation culturelle. Faute de lecteurs, l’expérience a tourné court et la bibliothèque a fermé ses portes, raconte l’ancien Aliou Sall qui souligne que c’est l’explorateur René Caillé dont ce patrimoine porte le nom, est le premier blanc à entrer et sortir, le 20 avril 1828. Cependant, il convient de signaler que les visiteurs ne visiteront pas le Fort Télégraphe qui, lui a disparu. Ses plans seraient toujours conservés au consulat général de France. Les populations souhaiteraient qu’il soit reconstruit pour compléter ainsi les patrimoines culturels Français légués à la ville.

Autre curiosité historique de Bakel en souffrance et qui troue la quiétude du ciel tranquille de la ville, c’est celle des tours crénelles situés au sud de la ville et qui attendent toujours d’être reluquées. Dans le passé, c’est de là que qu’on surveillait les évolutions de l’étranger s’approchant de Bakel, une ville frontalière de la Mauritanie et du Mali. Aujourd’hui, en lieu et place des milices de surveillance, ce sont des…singes qui escaladent les tours pour aller s’abreuver au fleuve tout proche, raconte Abdoul Aziz Tandia. Non loin de là précisément au bas de l’une d’elles, se trouve le cimetière au visage hideux oû reposent sous les tombes blanches piquées de croix noirs, des jeunes gens  qui pas plus que les Bakélois, ne sauront jamais pourquoi, ils sont venus mourir si loin de chez eux. Le simple visiteur verra en ruines, des bâtiments d’anciennes maisons commerciales, éléments de l’autre composante du binôme de la conquête coloniale : (Maurel et Prom), (Deves et Chaumet ect…). C’est dire que les populations sont déçues, choquées et ne savent plus quel saint se fier car elles espéraient beaucoup une nouvelle tournure avec l’arrivée de l’alternance dont les tenants avaient eu à convaincre tout le monde, en dévoilant leurs programmes qu’ils mettraient en œuvre si jamais ils occupaient les devants de la scène. Ceci a été fait depuis le 19 mars 2000 mais jusqu’ici, ils n’ont rien vu. Et pourtant, Bakel devrait contribuer de la manière la plus diligente à la collecte de la production d’un département aux potentialités considérables, à l’acheminement des biens de consommation et des facteurs de production, au brassage culturel, facteur important s’il en est en raison des richesses culturelles que renferme ce département. S’y ajoute la position géographique du département qui en fait un carrefour de rencontre et d’échange culturelle grâce son multi ethnique. Les journées culturelles de Bakel que nous avons perdues de vue en étaient une parfaite illustration

 

Un plan d’urgence dans tous les domaines

« Ce département a, en tout cas besoin d’un plan d’urgence dans les domaines de l’économie, la sécurité, le social ou encore la culture », déclare Aliou Sall. Bakel voulant sortir de la pauvreté et de la léthargie, les autorités n’auront pas droit à s’attarder aux projets d’études à long ou moyen terme. En tout cas, il faudra agir et vite agir car le département doit être sauvé de par ses potentialités. Cette ville se doit de vite de rattraper son retard et d’être au diapason du reste du pays. Le Département est au cœur du bassin d’émigration de la vallée du fleuve, au centre du triangle formé par les villes et régions de Tambacounda, Kayes (Mali) et Sélibabi (Mauritanie). Avec le déclin économique de l’arachide au cours de la première moitié du 20ème siècle, cette émigration est devenue plus durable, avec des emplois fixes ou des activités de commerce dans les villes, vers d’autres pays d’Afrique et la France pour ceux qui seront alors employés dans la navigation maritime.

Selon les statistiques officielles françaises, les transferts financiers des émigrés sénégalais séjournant en France représentent la moitié de l’aide publique bilatérale apportée par la France. Ces transferts, individuels et collectifs, ont quatre destinations principales : la consommation familiale, alimentaires et biens de consommation ; les investissements personnels des émigrés dans la perspective de leur retour (maison en ciment au village, bien de consommation, investissements à but lucratif tels que maison à Dakar, véhicule, fonds de commerce,…) ; la thésaurisation, principalement sous forme de bétail ; les investissements collectifs, d’abord pour des infrastructures culturelles (mosquées) puis sociales (écoles, dispensaires, puits, magasins de consommation, moulins,) et parfois productifs (agriculture principalement).  Dans le domaine de l’éducation, les différents niveaux d’enseignement sont présents dans la commune mais les locaux sont insuffisants et le cadre inapproprié pour permettre de dispenser un enseignement de qualité.

Les principales contraintes de l’éducation et de la formation dans la commune sont : l’effectif pléthorique dans les  classes ; l’insuffisance des infrastructures (salles de classe,  bloc sanitaire,  bibliothèque, terrains de sport) ; l’absence de centre d’initiation à l’informatique pour les élèves ; le manque sécurisation de l’espace scolaire avec la défectuosité ou l’absence de clôture. Sur le plan sanitaire, la ville comprend un Centre de santé, un poste de santé urbain et 2  infirmeries de garnison situées au camp militaire et à la compagnie de gendarmerie.

Le Centre de santé a une capacité de 52 lits dont 40 sont installés mais les locaux sont insuffisants par rapport à la forte demande des populations. En effet il polarise de très gros villages et même des maliens et mauritaniens qui n’hésitent pas à traverser la frontière pour venir se faire consulter. Les locaux sont aujourd’hui vétustes avec une architecture et une organisation spatiale ne répondant pas aux normes d’hygiènes et de sécurité, les équipements et logistiques sont insuffisants et obsolètes. Les autres contraintes auxquelles son confrontés le centre hospitalier sont :

– l’insuffisance du personnel qualifié et de spécialiste (Radiologue,  pédiatre, gynécologue),

Au niveau des sports et des loisirs, Bakel connaît un déficit en infrastructures. Elles se résument à : un terrain municipal, un stade normé, un complexe omnisports, un dojo

On note un nombre important d’associations de jeunes regroupées en ASC qui ne sont fonctionnelles que pendant les vacances scolaires. La ville compte une équipe municipale de football de division régionale. Le CDEPS est la seule structure d’encadrement des jeunes. Il souffre de moyens humains et matériels  pour  orienter les jeunes dans les activités économiques. Les principales contraintes de ce secteur sont : la non fonctionnalité des stades, le manque de moyen et d’équipement des ASC, défaut de fonctionnement des districts, manque d’équipement des dojos, l’insuffisance du personnel d’encadrement, déficit de techniciens au sein des ASC,  absence de locaux pour le personnel d’encadrement. Bakel ne dispose pas de voie bitumée excepté la pénétrante qui la relie à la RN 2 sur 5km.

Les tronçons non revêtus sont composés de ruelles le long desquelles se trouvent des dépôts incontrôlés. A cela s’ajoute des comportements abusifs (stockage de matériels, de marchandises, rejets de gros déchets, rehaussement grandissant de la chaussée, avec du sable ou des gravats de chaque côté de la route qui empêche l’évacuation normale des eaux. Ainsi, cette situation rend difficile la circulation des véhicules, motos et même la mobilité des populations. Pour faciliter la circulation au niveau du quartier Montagne, dans le cadre de la coopération décentralisée, de belles initiatives ont été faites avec la cimentation des ruelles.

La gare routière constitue le seul pôle de transport. Le parc de transport interurbain très faible, est constitué de taxis brousse et de bus assurant les directions Bakel-Tamba, Bakel-Kidira, Bakel-Dakar, Bakel-Tambacounda. Quelques taxis en mauvais état assurent le transport urbain entre la gare routière, le centre ville et le centre de santé communément appelé hôpital. Le transport lourd de marchandise est limité à quelques camions qui assurent l’approvisionnement à partir de Dakar. Le transport fluvial est assuré par des pirogues motorisées qui effectuent quotidiennement la traversée du fleuve qui sépare la ville de Bakel et Goureye sur l’autre rive et la liaison entre Bakel et les villages installés le long du fleuve. Ce  mode de transport est plus utilisé en cette période hivernale à cause des routes dégradées.

Au plan des contraintes, on note : l’insuffisance de la voirie urbaine ; la dégradation des voies existantes faute d’entretien ; le stationnement anarchique ; le mauvais aménagement du débarcadère. En plus de son rôle de centre administratif, Bakel est aussi le centre économique d’une vaste zone géographique. En effet la vallée constitue une zone privilégiée pour les aménagements hydro agricoles. Dans la commune de Bakel, plus de la moitié de la population active s’adonne aux activités traditionnelles ; ce qui confère à la ville un caractère rural urbain. L’agriculture et l’élevage demeurent ainsi les principales activités économiques de la commune ; dans chaque quartier plus du tiers des habitants pratiquent l’agriculture. Celle-ci a connu un essor avec l’aménagement des terres de la vallée du fleuve par la SAED. Les produits cultivés sont le mil, le maïs, les produits maraîchers et un peu d’arachide. Les principaux facteurs qui font obstacle au développement de l’agriculture dans la commune sont : – l’accès difficile à la terre pour les femmes, – la faiblesse du niveau d’équipement agricole et l’état obsolète du matériel  agricole, – la difficulté d’accès au crédit, – le problème de commercialisation des produits agricoles du fait de son éloignement des grands centres urbains, – la forte divagation des animaux surtout au niveau des exploitations des femmes qui ne sont toujours pas clôturées, – l’état défectueux des routes entre Bakel et les villages polarisés pose des problèmes  d’écoulement des produits, – la difficulté de conservation et de transformations des produits. L’insécurité gagne de plus en plus du terrain surtout dans les zones aurifères. Récemment les domiciles de deux magistrats et des enseignants, la boutique d’un commerçant, le service de l’élevage ont été visités par des malfrats. Sans compter la drogue en provenance du Mali voisin. Il ne se passe pas une semaine sans que les pandores ne démantèlent pas un réseau de trafic de drogue. Le chômage des jeunes demeure la quadrature du cercle de l’emploi dans le département. La plus part des jeunes s’adonnent à l’alcool. Voilà autant de problèmes que les autorités doivent prendre à bras le corps tant les populations continuent à crier leur ras le bol et  fustigent l’attitude du gouvernement. Vraiment, il y’a tous ces ingrédients pour dire que beaucoup d’efforts restent à faire dans ce département trônant au faite de ses multiples collines.

Source : Ousseynou Diallo envoyé spécial à Bakel/ Tambacounda.info /

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