Sénégal: «Rien ne dit que les jeunes ne vont pas redescendre dans la rue»

Sénégal: «Rien ne dit que les jeunes ne vont pas redescendre dans la rue»

La capitale, Dakar, s’est enflammée dans la nuit de lundi à mardi. Plusieurs bâtiments publics ont été incendiés. En cause: des coupures d’électricité à répétition. Un habitant raconte.

Un habitant de Dakar raconte le climat qui règne dans la capitale sénégalaise. Il n’a pas souhaité donner son identité par crainte de représailles de la part du régime d’Abdoulaye Wade, président du Sénégal depuis onze ans.

Pourquoi Dakar a-t-il été le théâtre d’émeutes hier, lundi?

Parce que les gens, principalement des jeunes, en ont marre des coupures d’électricité permanentes qui durent depuis des mois [plusieurs bâtiments publics ont été incendiés dans la nuit de lundi à mardi, ndlr]. Pendant plus de quatre ou cinq heures, on doit vivre sans courant. Quand je suis au bureau, ça peut encore aller car on a un groupe électrogène mais quand je rentre chez moi et que je n’ai pas d’électricité, je peux vous dire que cela porte un coup au moral.

On ne peut avoir aucun loisir, on doit s’éclairer à la bougie et on ne peut pas faire la cuisine. Il y a aussi le problème de la conservation des aliments. On doit jeter tout ce qui ne peux se garder qu’au frais. C’est dramatique pour des familles entières qui doivent jeter alors que le coût de la vie est déjà très élevé dans le pays.

Mais ces coupures de courant ne sont pas nouvelles.

C’est vrai qu’on a l’habitude de ce phénomène et qu’on a tous pris nos dispositions pour éviter d’être surpris par une panne. Sauf que les coupures n’avaient jamais pris une telle ampleur. Cette année, elles surviennent depuis le mois de décembre alors que les années précédentes, elles arrivaient plus tard dans la saison. Maintenant, c’est devenu quasiment quotidien et ça peut durer plusieurs heures. Là, ça s’est même dégradé. Certains ont été privés de courant pendant près de quarante-huit heures. Hier par exemple, la coupure a eu lieu à 8 heures du matin et le courant n’est revenu que vers 2 heures, dans la nuit.

Senelec, la société publique qui organise la distribution d’électricité, a été la principale cible des manifestants. Dix des agences de la Senelec ont été détruites à Dakar et ses banlieues, ainsi que dans d’autres villes plus à l’est. Senelec s’est-elle exprimée?

C’est encore un problème qui s’ajoute à la colère des gens car ni Senelec, ni le gouvernement n’ont fait de déclaration pour nous expliquer ce qui se passe. Donc, naturellement, les jeunes s’énervent et se retrouvent spontanément dans la rue pour exprimer leur colère.

[Dans un communiqué transmis ce mardi à l’AFP, la Senelec explique faire «face depuis quelques jours à un déficit de production important qui entraîne de nombreux délestages». Elle a présenté ses excuses, se disant «consciente des nombreux désagréments occasionnés par la situation actuelle», ndlr.]

Devant le siège de Senelec lundi 28 juin. (Reuters)

Comment expliquez-vous ces coupures?

C’est un problème purement économique. Senelec n’a pas les moyens de payer ses fournisseurs en électricité donc ils refusent de lui vendre leur stock. Pourquoi nous n’avons pas déjà résolu le problème, ça, je ne sais pas très bien.

Quelle est la situation aujourd’hui?

Plutôt calme. Le nettoyage des rues a été fait tôt ce matin pour dégager les voies de circulation car c’était dangereux de circuler en voiture. [Jusque tard dans la nuit, des habitants ont bloqué la circulation sur plusieurs axes routiers pendant plusieurs heures en érigeant des barricades avec des pneus et du mobilier urbain, ndlr.] Mais il reste des stigmates qu’on ne pourra pas faire disparaître de sitôt comme l’incendie des batiments.

Il n’y a plus de risque alors…

On ne peut pas vraiment prévoir ce qu’il va se passer plus tard. Pour l’instant, les gens sont contents et soulagés car l’électricité est revenue. Personne n’a envie de descendre dans la rue pour protester. Il ne faut pas oublier que c’est un mouvement spontané sans organisation politique ni leader derrière, à la différence des événements du 23 juin. Mais, si le courant s’interrompt ce soir, rien ne dit que les jeunes ne vont pas redescendre dans la rue.

(Voir la vidéo amateur ci-dessous, publiée le 23 juin)

Source :liberation

1 Comment

  1. Avatar
    abde juin 28, 2011

    Petit à petit on se rend compte de l’agonie d’un pouvoir. La fin d’un rêgne. Il n’y a pas de vent favorable au navigateur qui ne saît pas où il va. Que ça soit les delestes, ou bien les articles/lois sur mesure, ou encore les intimidations, rien ne peut freiner le grand mecontentement du peuple. Ce peuple qui a subit des defaites, qui a souffert des injustices et des impunités, ce peuple qui a été trainé et enfariner pendant plus d’un 1/2 siècle; voilà venu son heure.
    Pour ce qui est de l’electricité au Senegal, il n’y a pas quatre chemins, c’est le fruit de la mauvaise gouvernance des hautes autorités de ce pays; et pour Preuve: On paie plus chère/les factures haussent plus durant les mois de coupûres successifs que durant les mois de courant continue.Au moins qu’ils ne nous encaissent pas les jours sana electricité, ainsi nous pourrions bien economiser et nous acheter un groupe electrogene….Qui se rappelle de la grande ambition du Coredia et les negociations qu’il avait fait avec EDF, pour l’electrification de notre cher « village »(à l’époque)… Le probleme,nous l’avons trouvé avec la reticence du gouvernement du Senegal…Notre insistance à ce sujet avec le gouvernement,a été le pointde départ de l’electrification de toute la zone; du goye inferieur au goye superieur.
    Ces braves senegalais ont dit »finit tout ça »· On doit les aider, les soutenir.
    Comme dit l’adage: On peut abuser/tromper un peuple pendant un certain temps, mais jamais on ne peut le faire pour toujours.

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