Contribution : Faire face à ce régime despotique et dangereux

Contribution : Faire face à ce régime despotique et dangereux

Contribution de Souleymane Sadio Diallo, doct. Sc. politique – Paris

Il serait aberrant de croire que celui qui s’est autoproclamé « Burba » au début de son premier mandat ne cherche pas à installer son fils au pouvoir, lequel a été battu à plate couture aux dernières élections locales. Incapable de se faire élire, Wade fils utilise toutes sortes de subterfuges pour accéder au pouvoir.
Abdoulaye Wade aurait pu enter au panthéon des grands hommes pour son rôle historique dans l’approfondissement de notre système démocratique, mais hélas, il risque probablement de finir comme un paria ou un fugitif. Un Président de la République doit prendre de la hauteur, mais lui, depuis des années traite toutes les affaires politiques, administratives ou judiciaires de l’Etat comme s’il s’agissait d’affaires personnelles, familiales. Quelle grave confusion ! Cet homme là, peu modeste, arrogant, féodal, obnubilé par le pouvoir et l’argent n’est il pas devenu un prédateur voire un « montre froid » comme dirait Nietzsche et qui gère le pouvoir et la République comme son domaine, comme sa propriété privée ?

Où allons-nous quand ce pouvoir exécutif triomphant ne cesse d’utiliser l’institution judiciaire pour protéger ses amis et pour mettre à mal ses adversaires les plus redoutables.

Tant pis pour les borgnes qui le considèrent comme un messie, mais l’homme a fait plus de mal que de bien à notre cher pays en décrédibilisant toutes les institutions, en instrumentalisant les confréries, en semant les germes de division, de haine et en abîmant profondément l’image de notre pays à travers le monde.

Chers amis comment peut on soutenir un vieillard de 90 ans à bout de souffle, malgré son talent ou son génie? Le moment n’est-il pas venu de l’envoyer à jamais à la retraite? Aujourd’hui bons nombres de citoyens sénégalais se posent des questions sur la vitalité démocratique de leur pays. A l’évidence le recul démocratique est net.

La consolidation de la démocratie est un des défis majeurs que devra relever le Sénégal. Consolider la démocratie, c’est instaurer un Etat de droit qui respecte toutes les lois de la cité et protége les droits des citoyens. Cela signifie par ailleurs, que la loi s’impose à tous, sans exception y compris à l’élite dirigeante. L’analyse faite par Montesquieu dans De l’Esprit des lois est riche d’enseignement, puisqu’il nous montre que la séparation des pouvoirs est nécessaire pour la protection des libertés individuelles et permet d’éviter dans une société qui se réclame démocratique que les trois pouvoirs ne soient conservés entre les mains d’un seul individu. A cet égard, le respect des règles de fonctionnement de l’Etat et des institutions devra être de rigueur. La constitution ne peut être modifiée qu’en cas de nécessité et suivant une procédure bien précise et non au gré des dirigeants politiques qui cherchent à satisfaire leurs intérêts personnels, matériels ou à prolonger indéfiniment leur carrière politique.

Oui ce « ticket présidentiel » que les libéraux voulaient nous imposer visait tôt ou tard à installer Karim Wade au pouvoir. On ne peut pas décider en catimini de remanier l’architecture constitutionnelle d’un pays sans demander l’avis des citoyens. D’ailleurs rien ne nous empêche de discuter de la légitimité de notre Parlement (Assemblée nationale et Sénat). En effet, nous constatons depuis plusieurs décennies que l’Assemblée nationale sénégalaise ressemble beaucoup plus à une Chambre d’enregistrement des projets de lois du gouvernement, dépourvue de réels pouvoirs et où la plupart des parlementaires sont réduits à faire de la figuration. Sérieusement comment un parlementaire pourra t-il malgré qu’il soit élu d’une façon démocratique, exprimer ses idées, comprendre les textes législatifs, défendre le pays, représenter les citoyens et les intérêts de sa circonscription, s’il ne sait pas lire, écrire et ne comprend pas les débats au sein de l’hémicycle. Le Président Wade qui avait sévèrement critiqué la création du Sénat au temps du régime socialiste, en démontrant qu’il était inutile dans un pays qui souffre économique et dont le train de vie de l’Etat affole les compte publics prit la décision de le réhabiliter. Pourquoi? Pour caser des transhumants ou des amis? En dépit des critiques sur l’utilité ou non du Sénat dans le paysage institutionnel, la grande nouveauté est que 65 sénateurs sur 100 ont été nommés par le Président de la République. Sans m’étaler sur les pouvoirs du Sénat, est-ce démocratique qu’un Président de la République sur la base de simple nomination obtient la majorité absolue avant l’élection, sachant que d’après la Constitution, le Président du Sénat est appelé à remplacer le Président de la République en cas de maladie, d’incapacité ou de décès jusqu’à la tenue d’élection présidentielle anticipée ? Quelle serait la légitimité et la crédibilité d’une telle Chambre dont une partie des citoyens considèrent qu’elle a été créée pour caser des frustrés, des transhumants ou des amis, dont certains ont été mêlés à des pratiques douteuses qui heurtent les lois et les règles éthiques ?

D’une manière évidente on peut dire que des sénateurs nommés par le chef de l’exécutif ne peuvent pas faire preuve d’indépendance et seront de surcroît soumis à son bon vouloir. N’est –il pas triste de voir que la plupart de nos parlementaires sont réduits à faire la propagande du parti au pouvoir et à chanter les louanges de leur bienfaiteur, Abdoulaye Wade.

Nous remarquons infine que notre Parlement décrédibilisé est devenu un lieu de règlement de compte où l’on instrumentalise des députés et sénateurs. On se souvient tous de la loi Ezzan, qui amnistie les assassins de Me Seye, de l’affaire ANOCI et de Macky Sall contraint de quitter le perchoir pour avoir osé convoquer le fils du messie.

Oui ce régime s’est distingué par la terreur et la violence. Combien de leaders politiques et de journalistes ont été victimes d’harcèlement, d’agression ou poursuivis pour diverses raisons. La tentative d’assassinat du leader de l’Alliance pour le Progrès et la Justice/Jëf-Jël, Talla Sylla dans la nuit du 5 au 6 octobre 2003 pour ses prises de position contre le régime libéral est encore vivace dans l’esprit de tous ceux qui sont épris de justice et de liberté. Comment peut –on oublier les incendies contre les sièges des partis politiques, comme le PSA/Jant-Bi en 2004, les bavures policières qui ont entraîné la mort de l’étudiant Balla Gaye et du jeune manifestant de Sanghalkam, les scandales fonciers et politico-financiers. La liste est infiniment longue.

On est allé jusqu’à voir des responsables politiques qui veulent être promus et qui sont à la recherche de notoriété revendiquer ouvertement des actes criminels.

La violence physique est devenue en quelque sorte une voie royale pour accéder ou rester dans la Cour du Prince. Ce Prince autiste, complètement déconnecté de la réalité et qui se croit immortel.

Il est temps de faire barrage à ces hommes sans scrupule et à leur messie avant qu’ils nous plongent dans les ténèbres.

Voilà pourquoi nous devons beaucoup réfléchir sur la question des contre-pouvoirs qui se pose avec acuité, dans la mesure où, les dirigeants politiques ont tendance à exercer le pouvoir comme le semble leur bon vouloir sans se soucier des terribles conséquences. Le pouvoir est enivrant et en l’absence de mécanismes de contre-pouvoirs efficaces et solides, il peut s’avérer dangereux pour les libertés individuelles. Car il nous mènera incontestablement à des abus de pouvoirs caractérisés. C’est ce que nous observons depuis plus d’une décennie avec les libéraux et leurs alliés transhumants.

Les contre-pouvoirs limitent la puissance infernale du pouvoir en le poussant à la modération, au respect des règles démocratiques, à la négociation, au dialogue et au compromis. L’une des principales règles dans une société démocratique, moderne est de veiller pour le plus grand bien de ses citoyens et des institutions républicaines à ce que les contre-pouvoirs existent et qu’ils jouent pleinement et entièrement leur rôle. Les contre-pouvoirs sont la garantie d’une bonne respiration démocratique, surtout dans une société où l’argent est roi et où les plus puissants se croient tout permis, agissent parfois avec mépris, violent de plus en plus les droits des plus faibles et abusent de leur position de domination sans craindre les foudres de la Justice.

L’un des problèmes du Sénégal, est que les contre-pouvoirs sont grandement affaiblis. Cela pose des problèmes dans le fonctionnement de notre système démocratique et posera naturellement des soucis dans les années à venir si on arrive pas à résorber cette question fondamentale.

La société sénégalaise devra inventer et renforcer les contre-pouvoirs pour empêcher ou limiter les dérives du pouvoir exécutif qui peut faire passer des décisions politiques insensées, voire en totale contradiction avec les règles démocratiques.

Heureusement que ce 23 juin 2011, ce peuple tant méprisé a montré qu’il avait réellement le pouvoir en disant non au diktat et non à une troisième candidature de Me Wade.

Source : http://www.tambacounda.info/contribution/contribution-faire-face-a-ce-regime-despotique-et-dangereux.html

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